Plusieurs galeries se partagent cette adresse du Haut-Marais. Réparties dans les étages autour d'une cour, puits de lumière. Une même adresse pour trois gros bonnets de l'art contemporain mais des programmes et calendriers bien différents. En ce moment, cinq expositions y sont à voir, à quelques marches les unes des autres.
Au troisième, dans le bâtiment de gauche, la Galerie Serge le Borgne, rebaptisée depuis deux ans après s'être appelée CENT8. Fondée en 1998, elle affirme son audace à produire des projets d'envergure pour les artistes qu'elle défend ; en ce moment, avec une installation ménagée par Frédéric Sanchez. Au bout du lumineux couloir reliant la cage d'escalier à l'accueil de la galerie, une porte, mystérieuse. Derrière, un nouveau territoire. La luminosité diurne est filtrée par un obscur revêtement couvrant les baies vitrées. Là, c'est le son qui règne. Deux arrangements électrotechniques se font face dans la pénombre. Il y a des murmures. Le volume de visibilité est réduit pour privilégier l'ouïe. Le temps passe et se fait entendre. Dans l'espace clos, les mots nous dirigent. Il s'agit d'enregistrements de textes de Maurice Maeterlinck.
Jusqu'au 13 mars 2010 puis Jugnet+Clairet à partir du 25 mars 2010
Galerie Serge le Borgne
108, rue Vieille du Temple - 75003 Paris
Du mardi au samedi, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h
Tél. : 01 42 74 53 57.
Quelle que soit son actualité, la Galerie Xippas offre toujours au visiteur l'hiératique escalier de bois menant à l'espace d'exposition. Le sas « sensass » a été pensé par les architectes Philippe Barthélemy & Sylvia Grino qui configurèrent la topographie du lieu à sa création par Renos Xippas en 1990. Actuellement, c'est Yves Belorgey qui occupe l'enfilade coudée avec des formats récents. Le peintre invite Atsushi Nishijima à venir ponctuer l'accrochage par de mécaniques sculptures murales animées de diverses manières. Les artistes se sont rencontrés lors du séjour du Français à la Villa Kujoyama au Japon. Mais c'est ailleurs que se situe l'heureux évènement. Cela fait plusieurs mois que le public peut s'aventurer, en passant une petite corde au fond de la galerie, pour accéder au bas de marches à un modeste recoin cependant joliment investi à chaque reprise. Cette fois, Athanasios Argianas installe un dispositif sur quelques mètres carrés. Un envoûtement immédiat grâce à une ritournelle nostalgique accompagnée par une projection de l'ombre d'un couple de guitaristes. L'image apparaît sur un écran tendu entre les segments d'une structure métallique, subtil arrangement aux résonnances modernistes. Il est difficile de s'extirper de cette fable, bricolage magique, magnétique.
Jusqu'au 27 et 25 mars 2010
Galerie Xippas
108, rue Vieille du Temple - 75003 Paris
Du mardi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h à 19h et le samedi de 10h à 19h
Tél. : 01 40 27 05 55.
Sous le préau en contrebas, il reste quelques traces de peintures de la précédente exposition de Niele Toroni. Touches nues, orangées et régulières. Il s'agissait de la treizième monographie du peintre chez Yvon Lambert. Ce galeriste a ouvert sa première boutique en 1966, rive gauche. D'autres localisations ont suivi jusqu'à celle-là, qui acquise en 1986 est devenue le plus haut lieu du marché de l'art contemporain français et l'une des plus pertinentes galeries de la capitale. Dans la première pièce, Michael Brown étale plusieurs séries d'objets semblant usés, défectueux. La vision de ces déchets est parasitée par une suite d'images pornographiques. Seuls les miroirs brisés au fond permettent d'extraire notre attention de ces sexes offerts et regardés de travers. On apprendra par la suite la relative subtilité de toutes ces œuvres, à chercher ailleurs qu'en leur surface, les sièges éventrés et les cannettes écrasées sont de savants moulages, les cartons souillés ont été méticuleusement travaillés et les vignettes coquines sont imprimées sur du papier recyclé à partir d'ouvrages intellos. Et sous la verrière, Ian Wallace aligne une dizaine de grands formats sur lesquels on remarque systématiquement un cliché rehaussé de bandes de couleurs. Un examen soigneux de ces toiles révèlera des photographies laminées puis cadrées par des zones peintes, monochromes. L'artiste utilise ce procédé depuis les années 70 pour réunir les deux médiums en une même pratique. On retrouvera ses travaux préparatoires dans une salle de la librairie qui sert d'annexe, visible depuis la rue. Ce magasin rassemble en outre une belle sélection d'ouvrages et de multiples.
Jusqu'au 27 mars 2010
Galerie Yvon Lambert
108, rue Vieille du Temple - 75003 Paris
Du mardi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h et le samedi de 10h à 19h
Tél. : 01 42 71 09 33.
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J. R. (4 mars 2010)








