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Exposition Maori. Leurs trésors ont une âme au musée du Quai Branly, Paris

CE QUE SAVENT LES MAORI
par Nicolas Rolland

Il ne reste plus que cinq jours pour aller voir la surprenante exposition Maori. Leurs trésors ont une âme au musée du Quai Branly.

 

Gottfried Lindauer et Sir Walter Buller : Life mask of Wiremu Te Manewha, 1885 – plâtre, peinture © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

Gottfried Lindauer et Sir Walter Buller
Life mask of Wiremu Te Manewha, 1885
plâtre, peinture
© Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

Reuben Paterson : Nemesis, 2005 – Poussière de diamants et poudre scintillante sur toile © Reuben Paterson Matau (hameçon), entre 1500 et 1800 – Nouvelle Zélande – os et fibre © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa Mahe (lest de pêche), entre 1500 et 1800 – Nouvelle Zélande – pierre © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa Ngati Toa Rangatira : Tauihu (proue de canoë), entre 1500 et 1800, ethnie Te Aitanga-a-Haui – bois et coquillages © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa

D’emblée le visiteur risque d’être surpris. L’exposition — conçue et réalisée par l’institution maori Te Papa Tongerawa de Nouvelle-Zélande — se distingue en effet quelque peu de notre conception muséographique traditionnelle. Grand bien nous en fasse. Car le propos des organisateurs n’est pas de dresser un inventaire « sous cloche » de l’art maori, mais bien de présenter — à travers un ensemble aussi varié que possible de témoignages — le sens profond d’une culture vivante et son histoire. Les œuvres ainsi convoquées pour illustrer les grands concepts de la pensée maori ne manquent pas d’éclectisme : les cartes géographiques font face aux vidéos de Reuben Paterson, les photos de familles côtoient les boîtes à trésors ancestrales, les anciens canots en bois cohabitent avec les pirogues en résine de polyester et les pagaies en carbone, les toiles abstraites de Darryn George se mêlent à l’architecture traditionnelle, les effigies d’ancêtres multiséculaires dialoguent avec les pistolets à tatouage modernes, les bijoux du passé tutoient les photos de Fiona Pardington ou les peintures colorées de Robyn Kahukiwa.

Chaque œuvre (ancienne ou contemporaine), chaque témoignage (vidéo ou photo), chaque objet (rituel ou usuel) renvoie ainsi à un aspect de la culture ancestrale maori et en sonde les échos dans le monde moderne : principe d’autodétermination et de souveraineté, importance des ancêtres et de la généalogie, art du tatouage, prééminence du charisme personnel, symbiose avec l’environnement naturel, etc.

Malgré cet éclectisme apparent — contrebalancé par des textes explicatifs abondants et instructifs — l’accrochage remplit sa mission : nous familiariser avec le monde maori, mais aussi avec ses démons. Car derrière l’image d’un peuple solidement ancré dans la tradition, le visiteur découvre une réalité complexe, fruit d’une histoire mouvementée dont les soubresauts se font encore ressentir aujourd’hui. La colonisation britannique n’a effectivement rien à envier à celle de la France en matière de répression et de négation des populations autochtones. Et en Nouvelle-Zélande — comme dans d’autres pays du Commonwelth — l’occupation anglaise a généré un fort cloisonnement communautaire où le rapport de force s’exerce souvent en faveur des habitants d’origine européenne. Les Maori ne sont aujourd’hui qu’une minorité ethnique sur leur propre sol et les luttes récentes contre la spoliation des terres ancestrales ou la confiscation des fonds marins sont des manifestations de cette réalité tragique. C’est cette dimension véritablement politique qui saisit le visiteur à la fin du parcours. Au-delà du cas maori, l’exposition semble se muer en un cri pour la préservation de l’identité des populations indigènes et la croyance en leur vitalité. Un combat universel et un encouragement pour tous les peuples natifs opprimés.

 

Maori. Leurs trésors ont une âme
Jusqu’au 22 janvier 2012

Musée du Quai Branly
206 / 218, rue de l’Université ou 27 / 37, quai Branly - 75007 Paris
Mardi, mercredi, dimanche de 11h à 19h, jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Entrée : 7 / 5 €


N. R. (17 janvier 2012)


 








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