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Les petits fils de Thoreau au Palais de Tokyo

par Sophie Rosemont


Témoignant encore de la programmation audacieuse du Palais de Tokyo, Chasing Napoleon possède plusieurs niveaux de lectures qui se déclinent à partir du personnage troublant de Theodore Kaczynski.

Chasing Napoleon, c'est d'abord dix-huit artistes, aux parcours et à l'esthétisme résolument différents, réunis pour ce nouveau projet de Marc-Olivier Wahler. Nouveau projet, certes, mais que l'on ne pourrait attribuer à personne d'autre tant le parti pris correspond à la ligne de conduite adoptée depuis son arrivée au Palais de Tokyo en 2006.

L'origine de Chasing Napoleon se nourrit de l'existence et du combat d'un mathématicien américain, le surdoué Theodore Kaczynski. Prophétisant « l'effondrement du système technologique », le futur Unabomber s'isole dès 1969 dans une petite cabane du Montana, aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, il prépare son premier colis piégé (qui sera envoyé au professeur B. Crist de l'université du Northwestern en 1978), tandis que l'Américain Paul Laffoley travaille à un certain Renovatio Mundi et que le Germano-suisse Dieter Roth, fasciné par la ville islandaise de Reykjavik, se lance le défi d'en dresser l'inventaire. Tâche aussi déraisonnable que réfléchie, terminée en 1995.

Chasing Napoleon oppose et rapproche par la même occasion les mythologies de la fuite et de l'accomplissement. La fuite d'abord, dans le sens littéral du terme. Outre le Spider Hole de Christoph Büchel, inspiré par le terrier où se cachait Saddam Hussein, Ryan Gander imagine Nathaniel Knows. Il s'agit d'une pièce vide et obscure, seulement éclairée par une grille d'aération et, chose étonnamment poétique, un trou dans le mur laissant entrevoir un jardin peut-être paradisiaque. Le meilleur des mondes ?

D'autre part, le discours autour de la clandestinité est exploré d'un point de vue plus métaphorique : on peut aller de l'avant, et même au-delà des croyances et de l'Histoire. On peut construire un personnage, un mouvement ou une utopie a priori absurde mais indiscutablement fonctionnelle — d'une manière ou d'une autre. On découvre ainsi l'œuvre de Paul Laffoley, grande surprise de l'exposition. Bouddhisme, tantrisme, ufologie, sciences occultes ou encore La Divine Comédie de Dante sont convoqués dans de grandes peintures illuminées et généreusement colorées.

De son côté, David Fincher mise sur le paranormal et met en scène un personnage de son film L'étrange histoire de Benjamin Button (2008). Ce dernier est frappé sept fois par la foudre dans des mini métrages ludiques, vifs et percutants. comme l'éclair. Une installation de Micol Assaël propose de replonger dans l'univers glacial (-30°) et morbide de l'ancien goulag de Vorkuta. Tony Matteli choisit quant à lui de suivre le discours de Kaczinki à la lettre en faisant brûler des billets de 500 euros qui ne se consument pas. Enfin, Dave Allen (ex bassiste de Gang of Four) s'inspire des Véritables préludes flasques (pour chiens) d'Erik Satie (1912) pour composer For The Dogs, création musicale très bien nommée puisqu'elle ne peut être entendue que par nos fidèles compagnons à quatre pattes.

À la recherche du temps perdu et tendant vers un décryptage de l'invisible, Chasing Napoleon explore les données du marginal et de l'inusité. Paradoxalement, un meilleur encadrement didactique lui aurait offert plus de lisibilité. Toutefois, si la scénographie peut sembler déroutante, le propos n'en est pas moins passionnant.

 

Chasing Napoleon
jusqu'au 17 janvier 2010
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson - 75116 Paris

Ouvert de midi à minuit tous les jours sauf le lundi
Tarifs : 6 € ou 4,50 € en tarif réduit


S. R. (5 novembre 2009)