Sous le patronage bienveillant de Christophe Kihm, huit artistes nés au début des années 80 révèlent de manière convaincante leurs espaces, spécifiquement produits au sein de la Fondation Ricard.
On ne pourra pas faire débuter ce compte-rendu par « Il était une fois un commissaire d'exposition qui, son thème sous le bras et sa sélection d'artistes en tête, rencontre les faveurs d'un lieu d'art contemporain ». Avec RESET, Christophe Kihm inverse la donne : du lieu vont advenir les œuvres. En l'espèce, la Fondation Ricard qui, mise à disposition des artistes, rend leur création possible. Est-ce à dire que des pièces in situ vont émerger ? Pas vraiment. On est face à des propositions d'espaces, pour reprendre les termes de Christophe Kihm, de nature diverse : certains artistes investissent le lieu quand d'autres s'y retranchent, mais tous, et c'est l'enjeu, réinitialisent leur pratique à la lumière de cette notion d'ancrage et d'appropriation.
Bertrand Dezoteux est le plus radical. Il met de côté vidéo et animation pour construire, sans aucune connaissance de la menuiserie, un mobilier de bureau destiné à un membre stagiaire de la Fondation.
L'intervention de Sarah Lis est la plus « on site ». Tout se passe le long d'un mur augmenté d'une gouttière en dur où surnage de la peinture blanche diluée, et dans la profondeur d'une cimaise gravée à la main. Comme si la structure avait des choses à dire et que l'artiste lui rendait grâce. Tous les jours à 18h30, ses deux pièces disparaissent dans la pénombre d'une projection : la Fondation devient alors salle de cinéma pendant les 17 minutes que dure la fiction de Gabriel Abrantes et Benjamin Crotty, qui se concentre elle aussi sur un endroit : la ville de Luanda en Angola.
Avec l'ensemble vidéo-installation de Florian Pugnaire, on assiste en images à la mise à sac d'un atelier, sans œuvre ni mobile apparents, mais constitué d'un décor en carton, placo et polystyrène. Sur place, le résultat du tumulte est visible, compacté dans une armature de bois. La lutte qui s'engage entre les deux hommes (dont l'artiste, adepte de Bruce Lee) entraîne la reconfiguration totale de l'espace.
Bertille Bak, quant à elle, va rejouer son travail sur les cités minières du Nord en le délocalisant rue Boissy d'Anglas : une longue frise de papier reprend au stylo à bille la façade typique de ces habitations, que seuls des détails singularisent, tandis qu'une machine réalisée avec Charles-Henry Fertin imprime le motif de la brique à même un pan de mur. L'artiste suisse Tamara de Wehr mêle histoire de l'art et du western avec une modélisation spatio-temporelle issue des outils graphiques de Nelson Goodman et appliquée aux trajectoires du Bon, la Brute et le Truand.
Cette exposition en 8 pièces résiste à la tentation de saturer les lieux. Les propositions-refuge développent des espaces plus abstraits mais dotées d'une énergie collective globale palpable.
RESET, une proposition de Christophe Kihm
jusqu'au 20 février 2010
Fondation d'entreprise Ricard
12, rue Boissy d'Anglas - 75008 PARIS
du mardi au samedi de 11h à 19h sauf jours fériés
Entrée libre
C. S. (4 février 2010)









