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Laurent Grasso : artiste spectral ?

par Cyril Thomas


Déconcertant, Laurent Grasso transforme l'espace 315 du Centre Pompidou en un laboratoire d'expérimentations perceptuelles.

Laurent Grasso isole les faits historiques et tente d'esquisser un rapport entre les spectres d'un passé scientifique et le monde d'aujourd'hui. De l'aspect scientifique, il ne retient que des signes, des objets ou des instruments parfois disparus. Il réinvestit la mémoire des chercheurs et de leurs découvertes, tombées dans l'oubli pour le grand public. Celles-ci deviennent la matière première de ses œuvres, les fondements sur lesquels l'artiste peut évoluer et commencer à élaborer sa propre définition des choses. Il manipule les matériaux pour plonger le spectateur face à des interrogations sur des problématiques très contemporaines comme la projection cinématographique ou la création de dispositifs au sein de l'espace muséal.

Au palais de Tokyo, lors de l'exposition « Gakona », il avait reproduit, en jouant sur les échelles, la station HAARP (Recherches dans le domaine des hautes fréquences appliquées aux aurores boréales) en Alaska qui fut le point de départ des rumeurs les plus extravagantes. Rumeurs dont le spectateur est informé dès son entrée dans la salle d'exposition. Un panneau signalétique est posé là, qui rappelle celui utilisé pour les consignes d'évacuation en cas d'incendie.

Pour cette exposition, le vidéaste a choisi de tisser un lien sonore entre plusieurs éléments, tous empruntés à l'histoire contemporaine, qui composent son installation : il reproduit la Horn Antenna construite par les Bell Telephone Laboratories en 1959. Cette antenne servit aux deux radioastronomes Arno Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson pour capter un bruit qui s'avéra être la trace sonore du Big Bang. Elle reste le point central autour duquel gravitent les autres composants dont un film tourné en caméra subjective qui décrit une promenade dans les bois accompagnée par une inquiétante nuée d'oiseaux noirs. Monté en boucle, donc sans début ni fin, le film intrigue les spectateurs. Une sculpture représentant l'antenne de Telsa, capteur de quelques ondes radio venues de l'espace, un tableau et plusieurs dispositifs sonores viennent compléter l'ensemble. Laurent Grasso travaille comme un chirurgien, il suture les éléments les plus hétéroclites.

Cette installation intitulée The Horn Perspective semble s'inscrire dans la continuité de son film Vertigo où il interrogeait un trouble de la perception visuelle. Avec cette nouvelle œuvre, il s'intéresse aux sonorités, aux bruits, aux diffractions sonores. Il combine les sons, les transforme, les modifie. Loin des installations sur la spatialisation sonore réalisées par Janet Cardiff ou Dominique Petitgand, il construit un univers étrangement clos obligeant le spectateur à questionner tous les flux sonores qui traversent cet espace plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la projection en boucle du film.

Bourdonnements, bruits, crissements lors des passages des volatiles, Laurent Grasso installe une panoplie de sons. Les sonorités, d'amplitudes différentes, viennent ponctuer et perturber l'espace rectangulaire de la salle. Comme si, le temps de l'exposition, Laurent Grasso nous imposait de nouveaux repères sonores et nous faisait découvrir un bruit originel. L'enjeu de cette nouvelle œuvre réside peut-être dans la création d'une empreinte sonore qui synthétiserait toutes les actions passées et qui résumerait le temps de l'installation, l'Histoire en un bruit ?

 

A lire également en complément de l'exposition : Laurent Grasso, Le rayonnement du corps noir, édition dirigée par Laurent Grasso avec des textes de Elie During, Christophe Kihm, Marc-Olivier Wahler ; entretien avec Laurent Grasso, Claire Staebler et Christophe Kihm. Presses du Réel, 320 pages, 32 €

 

À voir également les articles « French Connection » et Hautes Fréquences au Palais de Tokyo sur Laurent Grasso

 

Laurent Grasso, The Horn Perspective
jusqu'au 14 septembre 2009
Espace 315-Centre Georges Pompidou

Catalogue de l'exposition : Laurent Grasso, The Horn Perspective, éditions du Centre Pompidou, Paris, 2009, 80 pages, 18 €


C. T. (1er septembre 2009)