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Road movie russe, avec trois jeunes photographes : Petr Lovigin, Tim Parchikov et Georgy Pervov

par Cyril Thomas


 

Trois noms pour trois approches différentes de la Russie se partagent l'affiche au Passage de Retz. Un point leur est néamnmoins commun : leur regard sur un pays perturbé par des conditions économiques rudes mais qui recèle une énergie créative débordante.

Dans une veine documentaire, Georgy Pervov fixe parfois crûment et durement les sans-abri et les passants. Le plus souvent, il confronte deux réalités : celles des images tissée de rêves et de fantasmes, visible sur les panneaux publicitaires et autre ancrée dans la vie quotidienne.

Lorsque Pervov superpose pour la série Les Deux Mondes deux motifs, l'un iconographique, l'autre lié au paysage la métaphore caustique n'est jamais loin. Il suffit d'un rien pour rompre l'équilibre et pour que cet artiste s'inscrive directement dans la lignée de Boris Mikhailov. Tout est question de distance. Il s'approprie les éléments extérieurs (architectures, bancs, etc.) afin de créer des situations visuelles déroutantes. Cependant, loin d'être pittoresque, cette série d'images demeure complexe, car elle joue avec les canons du reportage photographique sans jamais approfondir spécifiquement tel ou tel aspect. Pervov partage une forme de pudeur avec Lech Kowalski, qui enregistra les junkies et les sdf new yorkais dans plusieurs de ses films. Il affûte son regard et fixe une à une certaines petites incongruités visuelles, joue sur les oppositions en manipulant très adroitement la profondeur de champ. Un immeuble à l'arrière-plan paraît le refuge idéal face aux fils barbelés qui en bloque l'accès. Résultat : le mur pleure des larmes peintes, à moins que ce ne soient les traces des dernières tentatives d'escalade ? Ce photographe possède un sens très aiguisé des raccourcis et des ellipses visuels pour construire des compositions-coups de poing.

Dans une veine d'avantage surréaliste, l'exposition donne à voir les travaux de Petr Lovigin. Sa série Takeshi Kitano and Other Icons a pour toile de fond sa ville natale, Jaroslawl, sur la Volga. Il découpe des masques puis les place sur la tête de plusieurs amis assemblés en groupe. Pour un autre cliché, il rent visite à son ancien professeur, il se sert alors des élèves pour les transformer en d'inquiétants individus stéréotypés, identiques. Le photographe fait apparaître le nom du réalisateur, Kitano, dans le titre de sa série, comme un clin d'oil au burlesque du cinéaste japonais. Un hommage à peine déguisé.

Derrière les clichés qui reprennent le principe d'un photogramme agrandi, on voit poindre une sorte de charge contre des idoles occidentales et russes : Youri Gagarine, Ronald McDonald, Saddam Hussein, Nelson Mandela, Frida Kahlo ou encore Grigori Lefimovitch Raspoutine. Histoire, actualité, stars de cinéma, personnages politiques, tout se confond mais tout prend sens dans le lieu choisi. Ainsi, lors d'une séance de cinéma, les spectateurs se retrouvent déguisés en Ronald McDonald tandis que le mystique à la longue barbe, tel un spectre, resurgit des portes et des fenêtres d'une maison en ruine. Démultipliées, réduites le plus souvent à l'état de marionnettes, ces personnalités perdent leur aura propre et deviennent des caricatures.

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C. T. (3 avril 2009)


 








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