À la galerie Pierre Brullé, Jean-Claude Bélégou nous convie à un « déjeuner sur l'herbe ». L'occasion de découvrir l'une de ses dernières séries en couleurs, initialement présentée au Fotografisk Center de Copenhague, et surtout de pointer la grande cohérence d'une œuvre.
Dans la note d'intention qui accompagne ce travail réalisé entre 2001 et 2004, Jean-Claude Bélégou aborde la manière dont son exposition pourrait être envisagée. Il évoque un agencement reposant sur une image de très grande taille - une composition de groupe - autour de laquelle seraient placées plusieurs photographies de format moyen, chacune étant susceptible de faire écho à la scène centrale. Il dévoile également les deux axes de la série : d'une part, une référence explicite à l'histoire de l'art (de Botticelli à Renoir, de Giorgione à Manet et Picasso) ; d'autre part, la confrontation de son thème de prédilection - le corps mis à nu et mis en scène - avec ce mode d'exposition, choisi précisément parce qu'il permet de porter un regard inédit sur un sujet classique.
Pourtant, en visitant l'exposition, on cherche en vain cette image centrale. Il y a bien ici trois femmes se rafraichissant sous un jet d'eau puissant, là deux ou trois belles endormies dont la pose rappelle le Sommeil de Courbet, mais un format unique pour toute la série. En définitive, Bélégou a soigneusement évité de représenter cette partie de campagne dans sa globalité.
Sur le plan du temps, tout d'abord, la série isole plusieurs moments de la scène champêtre : pique-nique, jeux d'eau, bains de soleil, siestes, etc. Au mur de la galerie, ces activités sont redistribuées en alternant les plaisirs, sans se préoccuper d'une quelconque chronologie. Rien n'empêche de reconstituer l'ensemble : à mi-parcours, le sommeil suit le repas - ou l'amour.
Sur le plan de l'espace ensuite, Bélégou se trouve au cœur de la scène qu'il a mise en place : la parcourant, il en retient quelques détails, prêtant une vive attention à la façon dont l'ombre et la lumière jouent avec la chair et la matière pour révéler la jouissance des corps. Parmi ces détails, les plus frappants sont ceux qui prolongent les travaux en noir et blanc du photographe, notamment le « Cycle des éléments » : de nouveau, la chair y est appréhendée comme une surface sensible réagissant au contact des éléments naturels, comme à celui du vêtement qui enserre et dont on préfère se libérer.
Mais c'est bien par l'entremise de cette fragmentation imposée à la scène qu'il est possible de recomposer mentalement l'image centrale imaginée par Bélégou dans sa note d'intention. Davantage qu'une synthèse des œuvres picturales citées explicitement, il s'agirait d'une image originale qui ne laisserait rien au hasard et revisiterait la peinture pour mieux s'en détacher. Pour Bélégou en effet, seule la photographie est à même de rendre compte de ce qui naît de cette confrontation des corps avec l'eau, l'herbe et le soleil : une harmonie, une sensualité particulière, ou plus précisément encore, la conscience troublante de l'infinie variété des couleurs de la chair.
Jean-Claude Bélégou, « Le déjeuner sur l'herbe »
jusqu'au 20 juin 2009
Galerie Pierre Brullé
25, rue de Tournon - 75006 Paris
Tél. : 01 43 25 18 73
du mardi au vendredi de 14h à 19h et le samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
D. T. (19 juin 2009)








