Le Musée Groningue de Groninguen, au Pays Bas, est la halte européenne d'une importante exposition sur l'art Cubain du XIXe siècle à nos jours. Un événement.
Sa musique, sa littérature, ses cigares, sa beauté naturelle, sa révolution. l'île de Cuba est célèbre à des titres divers. Son art moderne ? Le blanc. C'est cette immense lacune que vient combler l'ambitieuse et gigantesque exposition « Cuba ! Art et histoire de 1886 à nos jours ». Produite par le musée des Beaux Arts du Canada sous la direction de l'énergique Nathalie Bondil, l'exposition, riche de plus de 300 peintures, sculptures, photographies, œuvres graphiques, installations et vidéos fait escale en Europe, aux Pays-Bas.
Incroyable mais vrai, un tel panorama sur l'art cubain est ni plus ni moins une première mondiale. Encore trop largement centrée sur l'occident, l'histoire de la modernité ignore encore des pays, des continents entiers. Dans le cas de Cuba, la situation politique particulière n'était qu'un obstacle supplémentaire sur la route d'un tel projet. En cela l'exposition constitue à elle seule une sacrée victoire sur les barrières existantes et offre de Cuba une image unie, enfin réconciliée. Symbole de cette réussite : la moitié des œuvres proviennent des collections cubaines, l'autre moitié de collections publiques et privées majoritairement américaines, soit un pont jeté entre ceux de l'île et ceux de l'extérieur.
Construite main dans la main avec le Museo de Bellas Artes de La Havane (ré ouvert en 2002), la Fototeca et les meilleurs historiens de l'art et critiques cubains, l'exposition accompagnée de son épais et passionnant catalogue pose une première pierre, défriche, campe des repères, reliant l'histoire des formes à l'histoire mouvementée d'une île en quête de liberté.
Entre désir d'autonomie et quête identitaire, la société coloniale du XIXe siècle offre un visage contrasté entre sa part hispanique et sa part africaine, son oligarchie de nantis blancs et ses esclaves noirs. Formés pour la plupart à l'académie San Alejandro, les artistes cherchent à forger les images d'une « cubanidad » dont les contours restent à définir. Esteban Chartrand, Federico Amerigo, Domingo Ramos s'appuient pour cela sur des scènes rurales, des paysages aux allures tropicales. Vient ensuite à partir des années 1920 l'époque phare de l'Arte Novo, tandis que partout en Amérique Latine, au Mexique, au Brésil, en Argentine s'invente une modernité originale, propre, libérée de la référence unique à la mère Europe.
Parmi les pionniers, la grande figure cubaine se nomme Marcelo Pogolotti artiste puissant qui fonde véritablement un langage original. Victor Manuel Garcia, Amelia Pelaez, Carlos Enriquez, Eduardo Abela, Mario Carreño comptent encore parmi les protagonistes tombés dans l'oubli. Avec l'avènement de la révolution, artistes et photographes mettent leur art au service de l'engagement politique.
Cuba collectiva, le grand tableau collectif de 1967 réalisé par une centaine d'artistes sous la houlette de Wilfredo Lam, sort de Cuba. Fait exceptionnel. Dans les années 70, les tendances oscillent entre hyperréalisme, influence pop ou néo réalisme tandis que l'art de l'affiche s'impose avec une créativité et une force graphique hors pair.
La dernière section de l'exposition s'intéresse aux artistes contemporains apparus depuis les années 80. Bizarrement c'est là que l'on trouve enfin quelques noms familiers : Kcho, Los Carpinteros, José Bedia, Carlos Garaicoa. Extrêmement talentueuse, cette génération a gagné les galeries new-yorkaises et la scène internationale depuis longtemps déjà. Ces individualités fortes, on l'apprend, ne surgissent évidemment pas de nulle part mais puisent leur énergie, leur force et leur caractère dans une île où l'expression artistique possède une histoire riche qui ne date pas d'hier.
Cuba Art et histoire de 1868 à nos jours
jusqu'au 20 septembre 2009
Musée Groningue de Groninguen, Pays Bas
Tél. : + 31 50 3666555
ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 17h et le vendredi jusqu'à 22h
Tarifs : 10 € (gratuit pour les - de 5 ans et à partir de 3 € en tarifs reduits)
V. B.-A. (20 août 2009)








