Nantes fait montre d'une nouvelle dynamique pour implanter l'art dans son agglomération. Finis les chantiers et les prisons ! La création artistique refleurit sur les rives de la Loire !
On connaissait les accélérateurs de particules. Voici le temps des « accélérateurs de développement ». C'est du moins le terme employé par Jean-Marc Ayrault, député maire de Nantes et président de Nantes Métropole dans son discours inaugural d'Estuaire 2009. Ou quand la culture intègre un projet politique. De Saint-Nazaire, on garde souvent l'image du sinistre économique des chantiers navals. Avec la métropole Nantes Saint-Nazaire, l'ambition est de redynamiser la région et, pour booster le tout, pourquoi pas une touche d'art et d'imaginaire ? Aux manettes et les mains libres : Jean Blaise, le célèbre initiateur des Allumées de Nantes, l'actuel directeur du Lieu Unique et le grand promoteur de la culture dans la ville du Petit Beurre.
Biennale, la manifestation vise à implanter en trois éditions (2007, 2009, 2011) une série d'œuvres d'art contemporain de Nantes jusqu'à Saint-Nazaire tout au long de l'Estuaire de la Loire. Certaines sont éphémères, d'autres resteront pérennes, et au final, en 2011, la métropole pourra se targuer d'un parc d'une vingtaine d'œuvres d'art contemporain parsemant son territoire de grands noms de renommée internationale.
Originales, stimulantes, les propositions s'égrènent au fil de l'eau dans les contextes les plus hétéroclites auxquels les artistes ont dû s'adapter, répondre. Là réside justement le pari. Longeant les hangars désaffectés de l'île de Nantes, les anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain invitent à la déambulation et la redécouverte du paysage urbain. Sur le « sablier » géant d'une ancienne usine de béton de Rezé, l'artiste suisse Roman Signer fixe son pendule géant ponctuant inéluctablement le temps qui passe. Echoué sur la berge du Canal de la Martinière au Pellerin, Le Voilier Mou d'Erwin Wurm s'affale comme attiré par les flots.
Sur l'autre rive, non loin des hauts fourneaux de raffineries, le japonais Tatzu Nishi a dressé sa cheminée de 15 mètres de haut avec à son sommet un petit pavillon sorti d'un lotissement des années 70. Futur gîte d'étape avec vue imprenable, l'œuvre est déconseillée aux locataires sujets au vertige. Au milieu des champs et des vaches cette fois, un autre japonais, Tadashi Kawamata a fait courir une passerelle de bois reliant la rue du port à son ancien point de vue sur la Loire. Conséquence indirecte des nombreux aménagements sur le fleuve, Lavau-sur-Loire ne donne plus aujourd'hui sur l'eau et l'artiste s'ingénie à renouer avec l'identité des lieux.
Sur le port de Saint-Nazaire, les triangles monumentaux de Felice Varini (pièce de 2007) font désormais partie intégrante du panorama tandis que, sur le toit de la base sous-marine, le paysagiste Gilles Clément a planté un « jardin du Tiers paysage » revitalisant et humanisant un reliquat indestructible de la seconde guerre. Croisières en bateau, navettes en autobus, parcours vélo, tout est fait pour rendre l'art le plus exigeant attractif et accessible au public le plus large. Est ce à dire qu'entre économie, culture et écologie, Estuaire signerait l'avènement d'une nouvelle sainte trinité en temps de crise ?
Estuaire, Nantes<>Saint-Nazaire. Le paysage, l'art, le fleuve
Expositions en plein air jusqu'au 16 août 2009
V. B.-A. (6 août 2009)









