Au musée Ingres de Montauban, on peut voir que le classique « Ingres » est une inspiration pour de nombreux artistes qui cherchent à ne pas l'être. Les derniers subvertissent le premier et lui donnent un supplément d'âme estampillée « moderne ».
« S'il vous plaît monsieur l'académicien pardonnez nos incartades. Cela fait des années maintenant que vous vous retournez dans votre tombe à cause de tout ce que nous vous faisons subir » écrivait en 1982 Michel Butor dans Ballade sur Ingres.
Et de fait ! L'important travail fourni depuis cinq ans par les commissaires de l'exposition « Ingres et les modernes » en témoigne. Entre citation, parodie, clin d'œil, hommage, dérision, allégeance, irrévérence, ironie. plus de 200 œuvres sont réunies autour des grandes icônes du maître de Montauban, dans sa ville natale.
Englobant tous les courants, tous les supports (de la vidéo à la photo en passant par la peinture, l'installation ou la sculpture), toutes les générations, tous les pays, la démonstration précise, ludique, stimulante montre à quel point la postérité de Jean-Dominique Ingres (1790-1867) est devenue universelle.
![]() Ingres La Grande Odalisque, détail, vers 1824 © Musée d'Angers/cliché : Pierre David | ![]() Picasso La Grande Odalisque d'après Ingres, 1907 © RMN/Thierry Le Mage © Succession Picasso 2009 |
![]() Guerilla Girls Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ? 1989-2009 © 2007 by Guerrilla Girls, Inc. | ![]() Stéphane Lallemand La Grande Odalisque, 2007 © Stéphane Lallemand |
De Picasso à Pol Bury, d'Orlan à Martial Raysse, Robert Mapplethorpe, Francis Bacon, Vik Muniz, David Hockney, Robert Rauschenberg, Alain Fleischer ou Nobuyoshi Araki, cette joyeuse réunion, volontairement cacophonique et débordante, s'articule salle après salle dans une référence directe à un chef d'œuvre précis. Autour de La grande Odalisque, du Bain Turc, de La Source, du Songe d'Ossian, du Portrait de Monsieur Bertin, de Madame de Sennones ou de la Belle Zélie, des dialogues inédits se tissent avec l'œuvre de référence mais également entre les artistes réunis. Riche en surprises et en éclairages, le parcours éclaire d'un regard nouveau à la fois l'œuvre d'Ingres et la démarche des artistes présentés.
![]() Ingres La Source, 1856 © RMN/ Hervé Lewandowk | ![]() Alain Jacquet La source (d'après Ingres), 1965 © ADAGP Paris 2009 © Marc Jeanneteau photographe |
![]() INVADER MTB-01 La Source de l'Invasion, 2008 © photographie de l'artiste |
La diversité extrême des appropriations prouve à quel point la force symbolique de l'œuvre d'Ingres a dépassé le maître lui même. L'ennuyeux Monsieur Ingres, le grand représentant de l'école française, la figure de l'académicien mais aussi sa liberté et ses audaces plastiques, l'érotisme de son œuvre sont tour à tour convoqués pour des « réincarnations » des plus bigarrées.
Moderne malgré lui, Ingres l'était sans doute. Si les artistes qui l'ont suivi révèlent la modernité qui est en lui, l'œuvre du maître nous pousse réciproquement à considérer nos contemporains d'un autre œil. Sans soucis d'établir des continuités ou de créer des lignes directrices, abolissant les frontières entre genres, mouvements, époques et autres chapelles, l'exposition nous convie à entrer en intelligence avec le corps même de l'œuvre, à considérer le langage plastique pour lui même.
![]() Man Ray Violon d'Ingres, 1924 © MAN RAY TRUST/ADAGP, Paris, 2009 © Photo CNAC /MNAM, Dist. RMN/Georges Meguerditchian | ![]() Joël-Peter Witkin Woman once a Bird, 1990 © galerie Baudoin-Lebon |
Autant d'artistes, d'allusions, de références. la postérité d'Ingres ne connaîtrait-elle plus de limites ? Le temps aidant, il est intéressant de constater que les citations de citations font à présent jour. Ainsi Joël-Peter Witkin (Woman once a bird, 1990) reprend-t-il l'œuvre de Man Ray (Le Violon d'Ingres, 1924) qui elle-même s'inspirait de La Baigneuse de Valpinçon d'Ingres. Et au delà des murs du musée lui même, s'échappant pour s'infiltrer dans la ville, les réminiscences et les œuvres surgissent au détour des rues avec Space Invader ou Miss Tic, sur la façade de la cathédrale avec Ernest Pignon-Ernest ou sur les flancs des autobus avec les Guérillas Girls. Nous sommes dans la ville de Monsieur Ingres.
Ingres et les modernes
jusqu'au 4 octobre 2009
Musée Ingres
19, rue de l'Hôtel de Ville - BP 752 - 82013 Montauban
Tél. : 05 63 22 12 91
juillet/août : ouvert tous les jours de 10h à 18h
septembre/octobre : ouvert de mardi à dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h
V. B.-A. (13 août 2009)



















