L'architecture a son Le Corbusier, le design sa Charlotte Perriand, et la mode sa Madeleine Vionnet. Retour sur les premiers points et plis de la modernité ès mode au Musée des Arts Décoratifs, à Paris.
Parmi les piliers de l'esprit moderne, Madeleine Vionnet (1876-1975), insuffisamment connue du grand public, reste encore aujourd'hui, la grande référence. Révolutionnaire dans son approche du vêtement et de la mode, « triomphe de la personnalité, de l'obstination intelligente, de l'audace patiente » comme l'écrit Pamela Golbin, commissaire de l'exposition, son parcours de créatrice et de femme demeure exemplaire.
Issue d'un milieu modeste, Madeleine Vionnet, bien que brillante à l'école, est placée à 12 ans comme apprentie chez une couturière. A 20 ans, après la perte de son jeune enfant, elle quitte tout pour l'Angleterre, laissant derrière elle un mari avec qui elle est en instance de divorce. Là elle trouve une place dans la très huppée maison de couture Kate Reily. De retour à Paris en 1901, elle est embauchée chez les Sœurs Callot. « C'est là que j'ai découvert que la couture était un art » confiera-t-elle des années plus tard. En 1906, elle répond à l'offre de Jacques Doucet de le rejoindre pour rajeunir sa maison en créant ses propres modèles.
Madeleine Vionnet libère la femme du corset, fait défiler ses mannequins pieds nus dans des sandales. Trop avant-gardiste, elle se heurte à des résistances. En 1912, elle décide d'ouvrir sa propre maison au 222 rue de Rivoli. Mais la Grande Guerre éclate et la maison ferme pour rouvrir en 1918.
En vingt ans d'activité, couvrant toute la période de l'entre-deux guerre — la Maison Vionnet fermera définitivement en 1939 —, Madeleine Vionnet va imposer non seulement sa griffe mais révolutionner la ligne et la mode de fond en comble. Puriste entre toutes, Madeleine Vionnet part, non pas de l'ornement, rare chez elle, mais du matériau et de ses propriétés. Face à son petit mannequin articulé en bois et haut de 80 cm, elle applique le tissus, plisse, noue, drape, épouse le volume, en cherchant le meilleur tombé, en adoptant la coupe de biais. C'est le tissu lui-même qui dicte la robe. Souplesse, fluidité sont ses maîtres mots.
Non seulement elle jette définitivement le corset aux orties mais elle privilégie des matériaux fluides, élastiques qui épousent les formes du corps et les mouvements comme une deuxième peau. Ses tissus favoris : le crêpe et la mousseline de soie, utilisés jusqu'alors pour les doublures, occupent le devant de la scène. Sensuelles et conceptuelles tout à la fois, Madeleine Vionnet fonde ses créations sur des formes géométriques élémentaires, des tons profonds et unis. Discrets, raffinés, subtils, les éléments de décor sont le plus souvent intrinsèques au tissus (rabats de coutures, plis raccordés, jeux de transparence, plissés, franges, rehauts de fils d'or ou de soie) avec parfois des perles, paillettes et broderies. Robes du jour, robes du soir nous éblouissent aujourd'hui encore par leur beauté lumineuse et évidente comme des statues grecques. Ici tout est simplicité, perfection, luxe, calme, etc.
Face au succès, Madeleine Vionnet s'agrandit et ouvre en 1923 sa maison au 50 avenue Montaigne. Temple de son esthétique, elle en confie la décoration à George de Feure dans un style art déco très maîtrisé. Rien n'est laissé au hasard à l' « usine » qui abrite sur 6 étages ateliers et salons. Madeleine Vionnet installe ses ouvrières sur de confortables chaises, leur offre cabinet médical, crèche et cours du soir sur place dans une ambiance d'exigence et de travail. Révoltée par l'injustice, Madeleine Vionnet se lance dans le combat contre la copie et la contrefaçon. Les deux procès qu'elle intente en 1921 feront jurisprudence tandis qu'elle consigne ses créations sous forme de photographies dans des albums organisant avec soin les archives de la maison (soit plus de 13 000 clichés).
Révolutionnaire, visionnaire, Madeleine Vionnet était de ses personnalités hors pair qui suivent sans faillir leur chemin. « Je n'ai qu'une chose à satisfaire dans la vie, c'est mon indépendance » déclarait-elle encore.
Madeleine Vionnet. Puriste de la Mode.
jusqu'au 31 janvier 2010
Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli - 75001 Paris
Tél. : 01 42 60 64 94
www.lesartsdecoratifs.fr
ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h (le jeudi : nocturne jusqu'à 21h) et le samedi et le dimanche de 10h à 18h
V. B.-A. (6 août 2009)








