Henri Cartier-Bresson est né le 8 août 1908 à Chanteloup-en-Brie, Seine-et-Marne, dans une famille aisée de l'industrie textile. On fête ses cent ans. La Fondation qui porte son nom lui rend un captivant hommage : un regard croisé sur l'Amérique des deux monstres sacrés de la photographie.
Dans notre société tellement friande de célébrations et d'anniversaires et qui aurait plutôt tendance à pratiquer l'éloge de la fuite en avant que l'exploration de la mémoire, il n'est pas facile de « gérer » un tel événement : le centenaire de Cartier-Bresson.
C'est encore plus difficile lorsque cette célébration - dont le principe ne lui aurait pas forcément plu - se déroule dans les espaces de la Fondation, qu'il a voulue, qui porte son nom et qui préserve en assurant leur rigoureuse conservation, ses ouvres et ses archives.
Agnès Sire, la directrice de la Fondation après que Robert Delpire au nom de son amitié d'un demi-siècle avec Henri Cartier-Bresson en ait assuré le lancement, confirme un parcours sans faute. Plutôt que mettre en avant les icônes de plus en plus populaires - qui resteront définitivement mais risquent l'usure par leur accumulation - elle a décidé d'aller plus loin qu'en 2004, au moment de son exposition somptueuse : la reconstitution de l'exposition de Manuel Alvarez Bravo, Walker Evans et Henri Cartier-Bresson à la galerie Julien Lévy à New York en 1933. Elle faisait là ouvre d'historienne - pourquoi les autres n'en font-ils pas autant ? Avec une sage jubilation, elle nous donnait du plaisir et nous proposait de réfléchir.
Cette fois, même si c'est parfaitement cohérent par rapport à une démarche de conservatrice, elle s'amuse encore davantage : Henri Cartier-Bresson aurait eu cent ans, on le considère souvent comme un photographe français. Or, si l'on regarde attentivement l'évolution de l'ouvre qu'explore actuellement Peter Galassi, le conservateur en chef du MoMA, lequel ne manquera pas de nous proposer, après ses « Early Years » une exposition essentielle, l'Amérique a été déterminante pour Henri Cartier-Bresson. Mettons de côté ce qui est fondateur en Espagne ou au Mexique à l'époque de ses amitiés surréalistes, et allons voir ce qu'il a retenu de l'Amérique du Nord.
Nous sommes en 1947 et Cartier-Bresson prépare son exposition « posthume » (les organisateurs avaient cru qu'il avait disparu durant la guerre.) au Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Il a découvert le livre de Walker Evans et de James Agee, « American Photographs », qui devient pour lui une référence. Il rêve de cinéma et, en même temps, il voudrait réaliser le même type d'ouvrage, en dialogue avec un écrivain. Il part en voiture avec le jeune poète et écrivain John Malcom Brinnin pour des milliers de kilomètres, autant de découvertes. Le courant ne passe pas entre les deux hommes, il n'y aura pas de livre au final, mais la moisson d'images est passionnante.
C. C. (08 octobre 2008)







