C'est l'élégance de leur collection dans un site d'exception que donne à voir au public le musée Réattu d'Arles. De grands noms et des œuvres pertinentes.
L'an passé, le Musée Réattu d'Arles réalisa un exploit historique dans sa pourtant longue existence. Il franchit, en l'espace de quatre mois, le cap des 120 000 visiteurs. Ce succès, qui tranchait avec le rythme lent d'un musée de province malgré une belle collection et un rare ensemble de Picasso est dû, incontestablement à l'accrochage conçu par Christian Lacroix (enfant du pays et cette année-là directeur artistique des Rencontres photographiques) qui réorganisa entièrement le parcours, sortit des réserves des merveilles insoupçonnées, introduisit des moquettes de sa création, transforma le magnifique bâtiment avec vue sur le Rhône en un théâtre de la création, doux et harmonieux comme ses souvenirs d'enfance, sans oublier quelques stridences de couleur dont il a le secret.
Forte de cette expérience, Michèle Moutashar, Conservateur et Directrice du Musée, a décidé de poursuivre dans une voie qui lui tient à cœur, celle du dialogue entre les œuvres, des associations, d'une visite qui ne se plie ni à la chronologie ni aux genres, ni aux Ecoles. Les travaux terminés (entre autres l'indispensable climatisation qui attendait depuis des années), elle propose donc pour cet été des « Chambres d'Echo ». En quelques vingt cinq étapes elle jette un éclairage sur la collection photographique du Musée, ancienne, riche des donations effectuées par les grandes signatures venues pour le festival depuis 1971 et d'acquisitions plus ou moins récentes.
Fort judicieusement, tant les deux modes d'expression ont à voir entre eux, c'est essentiellement photographie et sculpture qui vont entreprendre de se révéler les unes les autres, tour à tour poétiques ou froides, harmonieuses ou en dissonances.
Un parfait exemple de ce qu'il y a de plus réussi dans cet accrochage est la Chambre Dieter Appelt où, le fleuve coulant sous les fenêtres, une très belle pièce de l'artiste allemand travaille le rythme sensuel de l'eau et se dresse une des magnifiques sculptures de Tony Grand dans lesquelles il a inclus sous résine des anguilles qui disent la nature autant que la nécessité de la création.
Un miroir de Skoda, une Concrétion humaine de Arp, un Giacometti cubiste de 1934, mais aussi un cœur en plomb ayant contenu le cœur embaumé du Marquis de Berg, autant de petits moments d'exception qui balisent un parcours où l'on croisera aussi bien les photographies d'Avedon, de Georges Rousse, de Robert Doisneau, de Man Ray, de Willy Ronis, de Bogdan Konopka, d'Alain Fleischer ou l'exceptionnel ensemble d'Edward Weston que possède le Musée.
C'est presque à laisser penser que le fait d'attirer l'attention sur le dialogue de géants en Brassaï et Picasso, qui correspond à une intense relation de travail et d'amitié est presque inutile, même si la nécessité du marketing ne saurait être ignorée. Et l'ensemble est de très grande qualité, minorant même Picasso pour lequel on se contentera des carnets de dessins que l'on regardera certainement mieux que d'habitude.
Et l'ensemble est rythmé de surprises sonores dues à Knud Viktor, joliment installé parfois dans une cheminée, avec un petit humour qui s'accorde bien avec les eux Coco-fesse datant des années trente, l'un lisse, l'autre poilu, comparables à ceux que possédaient Brassaï et Picasso, comme d'autres proches des surréalistes friands de cette curiosité de la nature aux formes évocatrices.
Chambres d'écho
jusqu'au 29 novembre 2009
Musée Réattu à Arles
www.museereattu.arles.fr
Ouvert, jusqu'au 30 septembre de 10h à 19h, et du 1er octobre au 29 novembre de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30
Tarifs : 7 € et 3 € en tarif reduit
C. C. (3 septembre 2009)









