L’art italien de 1968 à 2008
Venise a célébré avec faste et dans le plus grand luxe l’événement de l’automne : Italics. Art italien entre tradition et révolution, 1968-2008. Les artistes étaient là en force, des historiques aux plus jeunes et les toilettes de marque le disputaient aux tenues extravagantes ou insolites qui « faisaient artiste »… Un prolongement aux traditionnelles fêtes autour de l’art offertes dans les années cinquante et soixante dans la ville des Doges.
C’est au Palazzo Grassi qu’on se presse pour voir cette importante exposition qui durera jusqu’au 22 mars 2009. Importante parce que depuis celle qu'avait organisée Germano Celant en 1995 et qui couvrait les années 1943 à 1968, rien n'avait été mis en œuvre pour faire le point sur une création trop peu présente, en dehors de quelques noms, toujours les mêmes (Fontana, Chia, Cattelan, Clemente, par exemple) sur la scène internationale. La démonstration est faite qu’il y en a d’autres, et d’importance. On peut avoir des doutes sur le titre, Italics, tout comme sur la typographie du catalogue et l’on sait que ce genre de projet collectif est toujours délicat, difficilement gérable, et ne peut que prêter le flanc à la critique.
Même si les espaces élégants de la Fondation ne sont pas idéaux pour un ensemble très riche (trop copieux ?) qu'ils morcellent trop, on peut saluer, enthousiaste, une mise en perspective 'entre tradition et révolution' de quarante années de propositions fortes. Les œuvres dialoguent avec l'histoire d'un pays qui, de la Biennale perturbée en 1968 aux remous récents de la démocratie, en passant par l'influence d'un Parti Communiste original et les Brigades Rouges, a connu une actualité tout à fait singulière. On ne peut qu'être frappé par la pertinence - les erreurs aussi... - du travail d'artistes s'inscrivant dans la réalité d'une société traversée sans cesse par le questionnement de l'identité, individuelle comme collective.
La qualité des œuvres, même si l'on aimerait parfois voir des séries plus complètes (au hasard, le travail minimaliste et conceptuel de Mimmo Jodice réduit à la pauvreté de trois œuvres posées dans un coin), suggère une interrogation sur les raisons de l'hégémonie américaine et allemande des mêmes dates sur le marché.
La plus grande critique que l'on pourrait faire à ce déroulé brillant conçu par Francesco Bonami est la sous représentation de l'Arte Povera. Mais il est vrai que la Fondation avait consacré une exposition entière à ce mouvement dont François Pinault est l’un des grands amateurs et collectionneurs. Notons au passage, une fois n'est pas coutume, que l'exposition comporte peu d'œuvres de la collection du richissime français et qu'elle est essentiellement constituée de prêts d'artistes, de galeries, de collectionneurs privés et d'institutions. Il s'agit bien d'analyser l'art italien de la période et non d'une auto promotion.
Il y a des bonheurs à tous les étages et, même dès l'extérieur avec un autoportrait bouleversant, en bronze, d'Alighiero Boetti. Comme la place manque pour traiter de tout ce qui fait plaisir, signalons juste quelques émotions face à un dessin de Francesco Clemente, deux magnifiques Gnoli, deux ensembles délicats de Luigi Ghirri, un regard de Penone, des polaroids érotiques de Mollino ou une sublime toile noire d'Alberto Burri. On s'amuse également de voir la série de Gabriele Basilico qui avait, en 1984, pour les sièges Bertoia, enregistré les traces laissées sur de jolies fesses par les différents modèles de sièges... Et la présence des photographies de Letizia Battaglia sur la mafia en Sicile remettent les choses en place.
Même si l’on peut regretter que l’on n’ait pas la distance suffisante pour dialoguer avec un texte en néon sublime de Mario Merz, il est difficile de bouder son plaisir. Plaisir qui, après que l’on ait respiré dans les salles, que l’on se soit arrêté devant un étrange Chirico triangulaire ou que l’on ait découvert le travail d’Enrico David autour du disque vinyle, se retrouve dans le catalogue, qui fera date, qui est déjà une référence rendant justice à une création encore mal appréciée. Ou qui n’a pas su vraiment se situer dans le panorama international.
Dès l'entrée, les neuf cadavres en marbre blanc dans leur linceul mis en forme par Maurizio Cattelan sont un choc bouleversant. C'est pour cela, et pour bien d'autres pièces exceptionnelles, que d’avoir choisi des photographies de mode par Ugo Mulas, qui fut le seul théoricien en images de la photographie avec ses « verifiche » est incompréhensible, une faute...
« Italics. Arte italiana fra tradizione e rivoluzione, 1968-2008 ». ( « Italics, art italien entre tradition et révolution. 1968-2008 ») au Palazzo Grassi
Du 27 septembre 2008 au 22 mars 2009
Campo San Samuele, 3231 - 30124 Venezia
Tél. : +39 (0) 41 523 16 80
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 19h.
Fermeture les 24, 25, 31 decembre 2008 et le 1er janvier 2009
Catalogue d'exposition sous la direction de Francesco Bonami, Italics, art italien entre tradition et révolution. 1968-2008, éditions Electa, septembre 2008, 311 pages, 39 €
C. C. (28 octobre 2008)









