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Les vies mondaines de Lee Miller

par Christian Caujolle


Il est décidément bien difficile, cet automne, à Paris, d'échapper à Picasso. Outre les grandes machines du Grand Palais, du Musée d'Orsay et du Louvre, outre le nouvel accrochage du Musée Picasso avec intervention de Daniel Buren (les queues sont moins longues.) on retrouve, une fois encore, le maître au Jeu de Paume. Il se trouve dans son atelier de la rue des Grands Augustins, que la photographe Dora Maar, rencontrée en 1936, avait trouvé pour lui l'année suivante et où il peignit Guernica. Ce grand amateur de belles femmes est en compagnie d'une splendide créature, blonde, bien plus grande que lui. Il la tient, tout en la fixant droit dans les yeux avec un sourire séducteur, par le cou.

Nous sommes à l'automne 1944, Paris a été libéré et la belle dame, qui porte élégamment l'uniforme quand Picasso a troqué son maillot rayé pour chemise et cravate se nomme Lee Miller. Elle vient de Londres où elle vit avec le peintre surréaliste, grand collectionneur et intéressant critique Sir Roland Penrose, elle est photographe et, depuis 1940, elle collabore à l'édition britannique de Vogue où elle réalise photographies et textes pour des reportages divers.

Avant d'arriver à Paris qu'elle photographie « de l'intérieur » et « de l'extérieur » (De l'intérieur : la vie culturelle de Paris s'épanouit courageusement (.). De l'extérieur, la charmante ligne d'horizon, la belle apparence des femmes in Vogue G.B. d'octobre 1944) elle a photographié en Normandie le quotidien d'un hôpital de campagne. Elle fait cela parce qu'elle a obtenu, en décembre 1942, son accréditation de correspondante de guerre de l'U.S. Army qu'elle va accompagner jusqu'en Allemagne après avoir documenté les ponts détruits sur la Loire ou Paris sous la neige.

Elle se photographie pour un redoutable autoportrait dans la baignoire d'Hitler, réalise une troublante image d'un « Gardien SS noyé dans un canal » et c'est dans le Vogue américain que sont le mieux publiées, en juin 1945, ses photographies des camps de la mort, accompagnées d'un texte virulent sur les civils Allemands 'qui ne pouvaient pas ne pas savoir'.

L'actuelle exposition que le Jeu de Paume consacre à Lee Miller présente, fort justement, ce travail de photojournalisme sous la forme des publications de l'époque (1939-1945), ce à quoi elles étaient destinées, et évite leur sacralisation au mur. Pour la photographe Lee Miller, femme au parcours fascinant, il n'en a pas toujours été ainsi.

Riche de cent quarante très beaux tirages originaux, l'exposition, venue du Victoria and Albert Museum de Londres est introduite par un court extrait du film de Jean Cocteau Le Sang d'un poète dans lequel Lee Miller, rayonnante, tient, en 1931, l'un des rôles principaux en incarnant plusieurs personnages puis déroule chronologiquement, de façon parfaitement claire, les vies successives de celle qui fut considérée comme l'une des plus belles femmes de son époque.

Sa carrière commence en face de l'appareil. Elle devient, par la volonté de Condé Nast, fondateur de Vogue, le mannequin vedette du magazine. Et, très vite, elle pose pour les plus brillants photographes du moment, Edward Steichen, Hoyningen-Huene, Man Ray, Horst P. Horst et bien d'autres dont les tirages d'époque, impeccables, inaugurent le parcours. Très libre, elle pose sans problème en tenue de plage ou de sport et en maillot de bain, ce qui n'était pas évident dans cette période dont la pruderie alimentait une certaine conception du « bon goût ». Il faut dire qu'elle avait eu l'habitude de poser nue pour son père, amateur averti, qui fut le premier à la transformer en modèle.

Lee Miller continuera à poser jusqu'en 1932, mais elle avait, vraisemblablement sous l'impulsion de Steichen, commencé à prendre elle-même des photographies depuis quelques années. Après un séjour à Florence où, en 1929, elle réalise son premier « vrai » travail photographique, elle s'installe à Paris et, sur la recommandation de Steichen, se présente chez Man Ray. Elle va devenir son assistante, un de ses modèles favoris et sa compagne.

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C. C. (31 octobre 2008)


 









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