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Sous l’image… le pavé !

par Christian Caujolle


C'est à beauté « Convulsive » telle qu'André Breton l'appelait de ses vœux que le Centre Pompidou nous convie pour une des expositions qui, étrangement, est l'une des plus attendues de la rentrée d'automne.

En 1986, l'exposition Explosante Fixe de Rosalind Krauss et Jane Livingston présentée au Centre Georges Pompidou avait jeté un éclairage tout particulier sur le mouvement surréaliste en se centrant sur ses relations avec la photographie. Cela nous apparaît aujourd'hui évident, mais ce l'était moins à l'époque quand on associait avant tout cette pratique frondeuse, provocatrice, liée au rêve, dialoguant avec la psychanalyse et la poésie, curieuse de corroder tous les domaines, à un moment de la littérature avant tout, de la peinture en suite et, marginalement, du cinéma. Il est vrai que c'est à peine si l'on commençait à accorder à la photographie une place sur la scène artistique.

Près d'un quart de siècle plus tard La subversion des images, surréalisme, photographie, film est plus que louable, bienvenue. Elle s'enrichit, évidemment, d'autres expositions qui, entre autres aux Etats-Unis, se sont penchées sur les multiples modalités de l'image telle que l'ont pratiquée les surréalistes et des études et monographies qui ont mis en évidence des auteurs singuliers, étonnants, comme Claude Cahun, par exemple.

Quentin Bajac et Clément Chéroux, les conservateurs pour la photographie à Beaubourg ont pu, outre leur très bonne connaissance du domaine et des collectionneurs, bénéficier du fonds du Musée National d'Art Moderne, finalement très riche sur cette période et cette activité. Les tirages et les pièces y sont exceptionnels.

Mais ce ne sera pas, loin de là et au-delà du plaisir que cela promet, le seul attrait de l'exposition. Elle se présente en effet comme un cheminement, très structuré, qui ouvre sur cette « action collective » qui fonda la mythologie du groupe avant que les anathèmes ne viennent, un peu à la mode des exclusions soviétiques, éparpiller les oiseaux. Cela permet de présenter, en images (souvent de « famille ») un historique de l'aventure.

Souvent basés sur des allusions à la littérature, les titres des différentes sections promettent une approche très complète, du fantastique et de l'éloge du banal (mannequins, mises en scène tout à tour « bizarres » ou érotiques, grinçantes, drôles, délirantes) au jeu (photomatons, collages, montages, détournements), en passant par les utilisations des possibilités techniques (solarisations, « rayogrammes », images réalisées sans appareil, tirages colorisés, surimpressions), attentions aux signes, aux textes dans la ville, au document brut. Et, surtout, à l'affirmation du point de vue, mais qui sait ne pas se prendre au sérieux et évite le formalisme dans lequel s'enfonça la « nouvelle vision » allemande qui avait pourtant révolutionné le regard dans la période précédente. C'est certainement l'envie de jouer sur les mots, d'affirmer qu' « image » n'est jamais qu'une autre forme de « magie », de contourner le réel au nom de ce qu'il peut avoir de fondamentalement « mystérieux » qui donne une telle liberté de ton à l'ensemble. Jusqu'à permettre une des premières valorisations esthétiques de l'image « anonyme » que l'on ne qualifiait pas encore d' « amateur » ou de « vernaculaire » mais que l'on intégrait à un véritable discours plastique.

On attend beaucoup d'un aspect qui n'avait jusqu'à présent pas été exploré sérieusement, celui de l'application de la photographie surréaliste dans le domaine de la mode et de la publicité, de la publication dans magazines et revues, livres d'artistes avec épreuves originales. Un moment clé, qui fut — et reste — énormément copié et pour lequel l'exposition devrait rendre justice à des auteurs peu ou mal connus et à des aspects longtemps méprisés car « commerciaux » de ceux qui sont devenus aujourd'hui des stars du marché de la photographie.

On y retrouvera des merveilles de Man Ray, Hans Bellmer, Claude Cahun, Raoul Ubac, Jacques-André Boiffard, Maurice Tabard et l'idée de les situer entre l' Histoire de l'&Oelig;il de Georges Bataille et le Nadja d'André Breton est parfaitement réjouissante dans une rentrée qui ne l'est guère.

 

La subversion des images. Surréalisme, photographie, film
jusqu'au 11 janvier 2010
Centre Pompidou
place George Pompidou - 75004, Paris

tous les jours sauf le mardi, de 11h à 21h et nocturne le jeudi jusqu'à 23h


C. C. (18 septembre 2009)


 








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