Pour la première fois depuis 1947, le fascinant William Blake est exposé en France, au Petit Palais, en partenariat avec le Musée de la Vie Romantique. Les œuvres proviennent en majorité des principaux musées du Royaume Uni - les musées français n'en possèdent qu'une. En route pour une bienfaisante fascination.
L'exposition des œuvres de William Blake au Petit Palais est un événement s'il en est. Car s'il n'est pas familièrement illustre en France, il faut se souvenir du comité français qui se réunit en 1947 autour d'une exposition qui rassemblait quatre-vingts œuvres de l'artiste anglais. Dirigé par l'incontournable André Gide, traducteur du poème de Blake le Mariage du ciel et de l'enfer, il composait des alliances miraculeuses, c'est-à-dire qu'il réunissait tout le monde : Georges Bataille, Georges Braque, André Breton, Albert Camus, Paul Eluard, Fernand Léger, André Malraux, Henri Matisse, Pablo Picasso, Raymond Queneau, Georges Rouault, Jean-Paul Sartre, Philippe Soupault et d'autres encore. « Cela montre l'importance que l'oeuvre graphique de Blake avait eu pour ceux dont la modernité se nourrissait aux sources d'une inspiration historique aussi flamboyante que méconnue. », écrit Daniel Marchesseau dans le catalogue de l'exposition.
William Blake est né en 1757. Il est à la fois poète, peintre et graveur. Poète, il écrit Chants d'innocence en 1789, la Révolution française en 1791, le Mariage du ciel et de l'enfer en 1793, Les Chants de l'expérience en 1794, parmi d'autres. Peintre et graveur, il illustra ses propres écrits nés d'une inspiration vénérée nourrie principalement de la lecture de la Bible et de l'illuministe Swedenborg. Il en jaillit une cosmogonie personnelle dont l'existence, la réalité, le sens, sont une évidence à son auteur. Il illustra aussi Young, la Bible, Dante, Milton et Thornton. Comme ouvrier, il inventa un procédé de gravure, illuminated painting qui lui permettait de graver en relief le texte et l'illustration dans une seule et même plaque. Illustration qu'il rehaussait ensuite à l'aquarelle.
Les termes hâtifs qui reviennent le plus couramment pour qualifier Blake sont : poète halluciné, génie visionnaire, de même qu'on le décrie intransigeant, excentrique, solitaire. Sauf qu'il avait des amis. Et aucun de ces termes ne semble lui être attribué à tort. William Blake paraît être en effet l'un de ces hommes qui refusent les limites ou du moins une vision qui s'impose tandis qu'eux voient autre chose. « L'inspiration et la vision seront toujours, j'espère, mon Elément, ma Demeure éternelle. » écrira-t-il.
Qu'il y ait du néoclassique dans son style, on peut le souligner, mais c'est surtout la puissance d'une volonté inébranlable qui habite son œuvre. Elle dicte le reste, inexorablement, dans un style marqué par certains hérauts des renaissances flamande et William Blake a quelque chose à dire et s'y emploie. Avec de riches procédés pour outils. C'est d'ailleurs ce qui crée le trouble, l'alliance de procédés somptueux et d'une sobriété énigmatique. Ce qu'il cherche à dire peut rester flou aux yeux du visiteur, son discours est d'évidence si précis, si scandé, qu'il provoque l'appréhension d'une vérité qui se dessine. Ce malaise n'est rien d'autre que salutaire.
William Blake (1757-1827), le génie visionnaire du romantisme anglais
jusqu'au 28 juin 2009
Petit Palais
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Tél. : 01 53 43 40 00
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf lundi et jours fériés
P. D. (19 mai 2009)







