Jusqu'au 24 mai prochain, l'Hôtel de Sully présente pour la première fois une collection privée, celle de Christian Bouqueret, sous le titre : Paris, capitale photographique 1920-1940. Il s'agit bien de photos, qui sont l'occasion d'un retour sur une vérité qui a péri sous les bombes.
A Paris, dans la période de l'entre deux guerres, il en va de la photographie comme de tous les arts, c'est la profusion créatrice, voire l'éruption. On a comme l'impression que le monde entier s'est retrouvé là, de Joyce à Man Ray, dans toute l'étendue des arts et des nations. Ce n'est pas la première fois que l'effervescence et la fertilité surviennent en ces lieux, et si la foule des artistes ne fut jamais si bigarrée dans ses origines, et si la vie débordait littéralement des ateliers, c'est surtout la dernière fois. Le relais passera définitivement vers l'Amérique et désormais, après l'éclatement européen, les jaillissements ne seront plus issus que de commotions isolées. Car il semblait alors que l'Europe était faite, faite par les arts, donc faite en vérité, et que sa capitale était Paris.
L'exposition de l'Hôtel de Sully ne montre pas autre chose à l'appui de son intitulé. Il ne s'agit évidemment pas de Paris en vedette, comme le mannequin pantelant de résidus de vie qu'elle est devenue, mais de Paris cour des choses, Paris qui inspire. Paris le gigantesque aimant où tous les arts s'entremêlent, où le peintre devient dramaturge et où la curiosité paraît ne pas avoir de fin, que sous les bombes à venir qui s'entassent loin d'ici. Et naturellement, parce qu'elle l'est des arts, Paris est aussi capitale photographique.
Ce qu'il y a de remarquable dans la réunion des ouvres présentées, c'est qu'il s'agit d'une collection privée, celle d'un unique grand amateur, Christian Bouqueret, devenu par la force des choses historien de la photographie, éditeur, marchand, et en toute logique commissaire d'exposition. Sous nos yeux, trente ans d'activité passionnée, à travers un seul regard qui évolue, guidant le nôtre et s'y substituant parfois, avec tout l'intérêt que cela peut avoir. La collection de Christian Bouqueret est composée des ouvres de plus d'une quarantaine d'artistes, des plus célèbres que sont Brassaï, Hans Bellmer, Gisèle Freund, André Kertész, Dora Maar, Eugène Atget, aux oubliés ou méprisés par la postérité comme Laure Albin Guillot, Pierre Boucher, Jean Moral ou Roger Parry, auxquels elle rend justice et vie.
Le parcours de l'exposition s'accompagne des commentaires profondément ressentis du collectionneur dans ses ouvres de commissaire, qui donnent une idée heureuse de la passion, par leur clarté, par le désir assez lumineux qui sous-tend son ouvrage et par la cohérence qui finit par s'en dégager. Les grands thèmes que la collection aborde ainsi qu'elle s'est d'abord faite au fil de l'intuition puis ainsi qu'elle s'est voulue, sont l'objet, l'expérimentation photographique, Paris elle-même, la tour Eiffel, le portrait (certains sont parmi les plus célèbres, voire mythiques comme ceux de Cocteau ou de Malraux en jeune homme), le nu féminin et le nu masculin. De « la révolution enthousiaste et indifférente de toutes les disciplines » aux trois tendances du nu, celui du « corps surréaliste », celui « réifié (.) de la Nouvelle Objectivité », et celui « apollinien, hanté par le modèle grec, pure plasticité ».
Paris, capitale photographique 1920-1940
Collection Christian Bouqueret
jusqu'au 24 mai 2009
Jeu de Paume - Hôtel de Sully
62, rue Saint-Antoine - 75004 Paris
Tél. : 01 42 74 47 75
P. D. (11 mai 2009)









