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Léger comme une éponge

par Alain Dreyfus


Et si Fernand Léger était une éponge ? Une machine à absorber et à recycler les ouvres de ses contemporains ? Pour valider - ou invalider - cette hypothèse, et examiner de plus près une ouvre qui reste pour la peinture moderne - toutes proportions gardées - ce que fut la ligne claire à la bande dessinée, il faut se rendre avenue Matignon, où la galerie Malingue propose jusqu'à la fin du mois d'avril une sobre et dense rétrospective d'un des artistes majeurs du XXe siècle.

Seules 15 toiles sont réunies dans trois salles de belle amplitude, mais cette faible quantité, associée aux qualités d'un accrochage limpide, permet de s'attarder longuement sur chacune des ouvres (d'autant qu'on ne se bouscule pas, et que l'entrée est libre et gratuite).

Mais revenons à nos éponges : cette huile sur toile de 1918, un paysage de machines industrieuses, une baroque usine à gaz qui marie avec rigueur les droites et les courbes dans un agencement de couleurs crues, ne pourrait-elle pas figurer dans une exposition des futuristes italiens ou des constructivistes russes dont elle est contemporaine ?

Ce tableau où trois femmes aux formes pleines nous font face (Le grand déjeuner, 1921) ne rappelle-t-elle pas immanquablement certaines compositions de Picasso ? Pour enfoncer le clou sur ce même tableau, le décor où se tiennent ces trois grâces aux seins ballons rappelle par ses teintes et ses motifs géométriques le savoir-faire et la fraîcheur de Matisse. On pourrait ne pas s'en tenir là et retrouver l'influence de Tanguy dans le détail de quelques ouvres exposées, de Chirico dans une  autre, de Salvador Dali dans une troisième, ou du couple Sonia et Robert Delaunay, qu'il connaissait fort bien, dans beaucoup.

Plagiat, opportunisme ? Pas du tout. Car si on peut chercher et trouver facilement les influences de ses pairs, (il ne vivait pas dans une tour d'ivoire) Fernand Léger reste toujours lui même. Il est peut-être, même pour les néophytes, l'un des artistes les plus facilement identifiable, de ceux qu'on ne peut confondre avec aucun autre. Sa marque de fabrique ? Son traitement à la fois sensuel et massif des corps, dans des gris veloutés aux contours nets, des corps qui n'ont pas plus ni moins de poids que les objets hétéroclites mais savamment agencés qui peuplent ses toiles.

Né en 1881, mort en 1955, ce fils de marchand de bestiaux a gardé la rudesse de son milieu d'origine. Ce n'est pas un sentimental, comme le relève son confrère Jean Hélion : « Fernand Léger est un grand peintre un peu court de vue, le Courbet du cubisme en somme. Fort, sain, clair, dur, soucieux de modernisme, et prudent. Belles couleurs, rythme puissant. Souci de continuité. A l'encontre de Picasso, il fuit le drame. Il en résulte une ouvre froide et joyeuse où les figures humaines ont la valeur d'objets : où les objets n'ont pas d'âme, mais un corps robuste, une belle robe de couleurs pures. »

Fernand Léger
jusqu'au 30 avril 2009
galerie Malingue
26, avenue Matignon - Paris 75008

Entrée libre


A. D. (26 mars 2009)


 








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