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Ilya et Emilia Kabakov exposent leurs Flying Paintings à la Galerie Thaddaeus Ropac

VOLS DE TABLEAUX
par Gina Kehayoff & Alain Dreyfus



Ilya et Emilia Kabakov @ artnet France

Les tableaux du couple ukrainien Ilya et Emilia Kabakov, présentés sous la verrière zénithale de la Galerie Thaddaeus Ropac, jouent aux funambules entre deux mondes. La série des « Flying » (tableaux volants) compte peu de pièces, mais de très grandes dimensions (jusqu'à 189 x 282 cm). Au premier regard, il ne se passe pas grand-chose dans ces espaces vides et immaculés, ponctués de panneaux géométriques aux teintes suaves. Mais les Kabakov sont des braconniers du sens : ils inventent ici le concept imprévu de réalisme socialisme abstrait.

Ilya et Emilia Kabakov travaillent ensemble depuis 1989 et vivent à New York depuis 1992. Ils sont sans doute les artistes russes les mieux installés au box-office mondial de l'art contemporain. Leurs œuvres, principalement des installations (on en compte plus de 165), ont été exposées dans 148 musées et trente pays, et notamment au Centre Pompidou en 1988.

Né en 1933 en Ukraine, Ilya Kabakov a vécu sa jeunesse sous Staline. Son parcours n'est pas celui d'un dissident, loin s'en faut. Diplômé de l'Institut Surikow de Moscou, proche de l'Union des artistes soviétiques depuis 1959, il en devient membre de plein droit en 1965. Ce titre n'est pas qu'honorifique, puisqu'il permit à son titulaire de disposer d'un atelier et d'un salaire plus que confortable par rapport aux critères de son temps. Cette position d'artiste officiel lui a permis de mener tranquillement ses propres recherches. On pourrait reprocher à cet artiste (devenu couple d'artistes en 1989), une compromission avec un régime totalitaire, mais ce serait prendre une position de surplomb, tant historique que moral. D'autant que comme on le sait, le dit-régime ne plaisantait pas avec les dissidents. De plus, cette stratégie n'a pas empêché le couple Kabakov d'élaborer une œuvre extrêmement critique de la société soviétique.

Cette œuvre, signée avec une kyrielle de pseudonymes (pour dérouter les limiers du KGB ?) prône une sortie par le haut de l'univers totalitaire. Comme en témoigne l'œuvre la plus connue d'Ilya Kabakov, réalisée en 1985, L'homme qui s'envola dans l'espace depuis son appartement. Qui voit-on ? Il s'agit d'un appartement on ne peut plus soviétique, au mobilier étique et aux murs à la peinture écaillée. Au centre, les restes d'une rampe de lancement, à terre, une paire de chaussures vides et un plafond crevé qui a laissé passage au fuyard à turbine.

Le travail présenté à la Galerie Thaddaeus Ropac reprend cette idée de fuite. Sur des châssis blancs décrits plus haut, les artistes ont peint des toiles banales et édifiantes reprenant les poncifs d'une société sans classes enfin réalisée. Mais en décentrant, selon les techniques du dessin axonométrique des architectes, le cadre de vue du regardeur. Sur ces fonds blancs et lisses, ces toiles proprement dites forment des fragments aux contours nets, disposées en tous sens, qui semblent s'envoler ou s'engloutir dans les grands carrés blancs sur fond blanc.

Ces images peuvent se contempler avec un tout autre regard, sur un plan purement formel. La disposition des tableaux dans l'espace vierge de la toile les fait devenir éléments d'une composition abstraite et géométrique, dans le plus pur style de Malevitch. En inventant un dispositif visuel à double détente, entre rébus et anamorphose, en mêlant le vocabulaire pictural le plus platement académique et les audaces des pionniers de l'abstraction, ils désaxent les canons artistiques staliniens pour les donner à voir dans leur disparition. Mais à ce spectacle distancié, vient s'ajouter un soupçon d'empathie. Les représentions réalistes ont des teintes et des couleurs passées, qui les nimbent d'un touche impressionniste. Comme si sous le formalisme graphique, se cachait l'image d'une Russie à la Tchekhov, bercée par la douceur de la nostalgie. Les Kabakov, on le voit, n'en sont pas à une ruse près, pour renouer, avec des armes nouvelles, avec une très ancienne tradition, celle de la peinture d'Histoire.

 

« Flying » d'Ilya et Emilia Kabakov
jusqu'au 17 avril 2010
Galerie Thaddaeus Ropac
7, rue Debelleyme - 75003 Paris
entrée libre du mardi au samedi de 10h à 19h


G. K. & A. D. (1er avril 2010)


 




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