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Métamorphoses :
Trajectoires coréennes à l'espace culturel Louis Vuitton


par Alain Dreyfus


Il faut traverser la plus luxueuse consigne à bagages au monde et emprunter un minuscule ascenseur — avec liftière uniquement dévolue à cette tâche — pour accéder au dernier étage du vaisseau amiral du malletier Louis Vuitton, consacré à l'art contemporain.

Jusqu'au 2 mars, cet espace est dédié à dix artistes coréens. Quoi de neuf au pays du matin calme ? Tout, serait-on tenté de dire. La première ouvre visible (on tombe forcément dessus en sortant de l'ascenseur) donne le ton. Ce sont des pièces de porcelaine anciennes aux motifs bleutés. A ceci près qu'elles ont perdu toutes leurs qualités utilitaires pour devenir des formes informes, convexes ou boursouflées. Le travail de la sculptrice SooKyung Yee, « entre modernité et tradition » dixit le luxueux catalogue remis gracieusement à tous les visiteurs, ressemble à celui d'un enfant aussi génial que maladroit, qui aurait brisé les vases et le service à thé de la maison et aurait tenté de tout recoller à la hâte, histoire d'éviter une sérieuse correction parentale.

L'exposition s'intitule « Métamorphoses » : à juste titre, tant les ouvres présentées jouent sur l'hybride, le morcellement et les transformations éclairs ; à l'image d'un pays toujours coupé en deux entre Nord et Sud, qui a versé plus que sa part dans les grands conflits du XXe siècle. La Corée du Sud, qui connaît depuis les années 80, un décollage économique vertigineux, danse encore sur un volcan, même si les relations se sont détendues avec sa sour ennemie et désormais puissance nucléaire. Ham Jin résume bien la situation : il a construit, sur un missile de récupération, une ville microscopique en pâte à modeler où l'on peut observer une foule de mini-personnages, occupés à jouer des scénettes paisibles de la vie quotidienne.

C'est aussi une multitude de petits personnages qui composent la tornade de Do Ho Suh. De loin, cette volute vaporeuse, suspendue dans une salle en coupole, ressemble à un lustre aussi géant qu'élégant. Si on se rapproche, on constate qu'il s'agit d'un agglomérat de formes humaines. Les optimistes diront qu'ils quittent unis le sol pour un avenir meilleur, les moins optimistes diront qu'ils sont aspirés vers le néant. Il faut choisir son camp.

Pour terminer sur une note plus gaie, on peut toujours tenter de se conformer aux directives précises de Beom Kim, expert en art de la transformation. Sur de grandes affiches collées dans une coursive, il explique en coréen, en anglais et en français, comment chacun de nous, avec un minimum de bonne volonté, peut se transformer à sa guise en ruisseau, en gazon, ou en arbre. Faire l'arbre n'est pas le plus facile, comme en témoigne la fin de son exposé : « ne demandez à personne d'arroser vos pieds. Si quelqu'un le fait, soyez heureux mais ne cherchez pas à vous en souvenir. Ne pensez ni à la fatigue, ni à la douleur. La nuit, vous pouvez manger pour conserver votre nature humaine, mais petit à petit, efforcez-vous de raccourcir le temps passé à manger, afin de vous habituer le plus tôt possible à la vie d'un arbre ».

 

Métamorphoses : Trajectoires coréennes
Jusqu'au 2 mars 2009
Espace culturel Louis Vuitton
60, rue Bassano ou
101, avenue des Champs-Elysées - 75008 Paris

Ouvert du lundi au samedi de 12h à 19h
et le dimanche de 11h à 19h
Entrée libre


A. D. (06 janvier 2009)


 








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