Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 









Le château de Veilhan

par Alain Dreyfus


Le plasticien Xavier Veilhan succède à l'Américain Jeff Koons au Château de Versailles. A l'inverse de son prédécesseur qui avait pris d'assaut les salles d'apparat avec ses jouets géants violemment acidulés, l'artiste français ne joue pas l'affrontement.

Méthodique, Xavier Veilhan a tracé une ligne droite qui traverse d'est en ouest le château et ses jardins. Sur cette ligne, il a installé 16 pièces qui jouent chacune leur partition. C'est avec respect, presque avec discrétion qu'il dispose, du début de la Cour d'Honneur à l'horizon du jardin, un ensemble d'œuvres qui épousent la rigueur des perspectives du joyau du Grand Siècle.

L'intervention démarre sur les chapeaux de roues. Au centre de la Cour d'Honneur la silhouette profilée d'un carrosse mauve tiré par un attelage de six chevaux file au galop vers son destin sur les gros pavés — certains ont du être descellés pour l'installer — d'un des monuments les plus visités au monde. Une fois dépassé le carrosse et franchi le portail, dans la Cour Royale, se tient une sculpture, Femme Nue, grande d'à peine quarante centimètres mais juchée sur un socle de deux mètres. Les proportions de ce nu perturbent habilement l'échelle de l'ensemble architectural.

Plus loin, un gisant de quatre mètres attire le visiteur dans la Cour de Marbre, dallée de délicats losanges. Il s'agit du Russe Youri Gagarine, le premier homme qui a navigué dans l'espace. Un hommage à la conquête spatiale, qui, à part Tintin, manque singulièrement de héros charismatique.

L'intérieur du palais n'est ponctué que de deux œuvres. Un mobile qui reprend la teinte du carrosse et qui oscille à mi-hauteur dans la cage d'un grand escalier de l'entrée par l'aile sud, et une installation vidéo au nord, qui diffusée par un écran d'ampoules, est une promenade fantomatique en noir et blanc dans les jardins de Versailles.

Coté jardin, dans l'axe de la perspective, Veilhan a installé sur de hauts tabourets les effigies de ses architectes préférés, (Jean Nouvel, Tadao Ando, Norman Foster, Claude Parent, etc.), qui tous scrutent l'horizon pensé par le grand jardinier du roi. Sur un parterre lointain en plein centre, une constellation de petites boules noires montées sur tiges métalliques forment l'anamorphose de la lune. Clou du spectacle, dans le grand bassin qui clôt le parc, un jet d'eau de cent mètres de haut — quand le vent ne souffle pas — dessine une tour infinie et mouvante.

Reconnu et estimé dans son biotope, Xavier Veilhan, 46 ans, est un artiste inconnu du grand public qui n'entend pas le rester. Artisan de la technologie, il utilise les ressources du numérique pour insuffler des formes nouvelles, notamment en revisitant la sculpture classique. Dessinées en 3D par un procédé de pixellisation sur ordinateur, ses statues sont souvent exemptes des détails des modèles, et n'en conservent que les contours. Les personnages, tout en facettes, prennent une dimension mouvante, à la fois personnelle et générique, façon floutage télévisuel.

Avec, selon le même procédé, un requin en alu, la pièce la plus spectaculaire de Veilhan est un rhinocéros laqué rouge vif (1999) en résine teinté dans la masse, qu'on regrette de ne pas croiser au détour d'une allée tracée par Le Nôtre. Xavier Veilhan travaille aussi sur les dimensions spatiales et sensorielles. Ainsi La Grotte, présentée en 1999 au Mamco de Genève, invitait à une déambulation dans une forêt de feutre gris — hommage à Joseph Beuys ? — baignée d'un assourdissant silence obtenu par les qualités d'isolation phonique du matériau utilisé. Toute l'œuvre de Veilhan, qui anime un atelier-ruche, un peu à la manière de la Factory de Warhol, tend vers une plus grande fluidité et lisibilité, au motif affirmé d'élargir son public.

Dirigée par Jean-Jacques Aillagon, Versailles est une structure lourde, ouverte à des millions de visiteurs, répondant à un imposant cahier des charges. La création artistique doit aujourd'hui s'y articuler sous forme de superproduction, avec une myriade de sponsors, de communicants et d'intervenants institutionnels.

Xavier Veilhan a manifestement la souplesse et les qualités d'animal social nécessaires pour se mouvoir dans ce monde compliqué. Sa prestation a tout pour séduire : nul doute qu'elle atteindra son objectif. Bien pensé, bien réalisé, habilement promu, Versailles selon Veilhan laisse pourtant une impression mitigée. Celle d'un produit de qualité, consensuel, de haute tenue technologique, mais dont les mystères trop sages et trop calculés ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu'on est en droit d'attendre d'un geste artistique.


par Véronique & Loulou Picasso

 

Veilhan Versailles
jusqu'au 13 décembre 2009
Château de Versailles

Horaires jusqu'au 31 octobre :
Château : tous les jours sauf le lundi, de 9h à 18h30, dernière admission à 18h
Jardins : tous les jours de 7h à 19h pour les véhicules et jusqu'à 20h30 pour les piétons

Horaires à partir du 1er novembre :
Château : tous les jours sauf le lundi, de 9h à 17h30, dernière admission à 17h
Jardins : tous les jours de 8h à 18h

Tarifs : de 13,50 € à 25 €


A. D. (15 septembre 2009)


 






artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2012 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.