Le Musée de la Poste a l'excellente idée de proposer un parcours de l'œuvre d'André Masson, grande figure du surréalisme et personnalité à part de l'histoire de l'art du XXe siècle, un peu trop laissée dans l'ombre malgré son importance et sa grande influence notamment sur les expressionnistes abstraits comme Jackson Pollock.
Aller voir le bestiaire d'André Masson en plein été à Paris semble être une idée rafraîchissante, quand on sait qu'on pourra raccorder la chaleur blanche et sèche de la ville à la nature estivale du peintre des insectes, des coqs, et des taureaux qui s'ébrouent toujours dans un paysage chaud et coloré mais sylvestre et bucolique.
André Masson est sans doute l'un des peintres les moins exposés parmi ceux de la grande histoire de la peinture moderne. Peut-être parce qu'il n'a jamais pleinement adhéré aux grands mouvements, car tout en épousant très brièvement le cubisme il l'aura toujours tenu à distance, et tout en étant surréaliste pendant une longue période, Masson aura toujours des rapports conflictuels avec Breton. A l'écart, cultivant une imagerie très particulière qui tourne autour des figures animales et de la mythologie grecque, ce peintre qui aime cultiver des formes sinueuses et bimorphiques a enfin une exposition d'envergure au Musée de la Poste, même si on attend qu'une grande institution daigne se pencher avec ambition sur l'œuvre d'un peintre majeur.
Né en 1896 de parents d'origines paysannes, Masson gardera toute sa vie ce rapport très prégnant à la nature, aux paysages agrestes, qu'il lacérera d'éclats surréels ou la pulsion et l'étrangeté prennent la figure d'un insecte ou d'un dieu. Car la lecture de Nietzsche marquera profondément le jeune peintre et nourrira son imaginaire de ses références à la tragédie et aux divinités hellénistes — qui sont la matière première du philosophe allemand. Appelé lors de la première guère mondiale, Masson est grièvement blessé au Chemin des dames.
Réformé, il découvre la peinture de Chirico puis fréquente un petit groupe de dissidence du surréalisme où se retrouve Antonin Artaud, Michel Leiris, George Bataille, Ernest Hemingway, Gertrude Stein. Sa peinture est remarquée par Kahnweiler qui devient son marchand. En 1924, André Breton, sur le point de fonder le surréalisme, remarque son tableau Les quatre éléments. Le futur pape du surréalisme rend visite à Masson dans son atelier et, tout de suite, un lien ténu se crée entre eux. Malgré de profondes divergences, les deux hommes commencent une longue relation où la fascination mutuelle n'empêchera pas ruptures et réconciliations pendant dix-huit ans. Cette collaboration culminera en 1941 quand ils écriront ensemble Dialogue créole, puis quand Masson illustrera Martinique, charmeuse de serpents écrit par Breton seul. Entre temps, Masson aura participé aux premières expositions surréalistes aux cotés de Picasso, Ernst, Klee et Man Ray. Il aura aussi beaucoup fréquenté Matisse et l'écrivain H. G. Wells.
Il aura eu un choc esthétique doublé d'une révélation artistique en découvrant l'Espagne, et plus particulièrement l'Andalousie. Tout cela l'aura amené à réifier son imaginaire autour des figures animales comme vecteur de métaphore, en se penchant sur la corrida, les combats d'animaux ou des scènes de dévoration comme les chevaux de Diomède ou Actéon dévoré par les chiens. Proche de Georges Bataille dont il a épousé en seconde noce sa belle-sœur, Masson cofonde avec lui, Roger Caillois et Pierre Klossowski l'excellente revue Acéphale dont il illustre tous les numéros. Son exil américain pendant la deuxième guerre mondiale sera le deuxième grand choc culturel de Masson : le gigantisme des paysages et la violence urbaine achève sa vision du monde comme perspective animalière, chaque situation réelle nourrit les figures de son bestiaire infini des métamorphoses imaginaires et le désir sous toutes ses formes triomphe.
Le bestiaire d'André Masson
jusqu'au 5 septembre 2009
Musée de la Poste
34, boulevard de Vaugirard - 75015 Paris
Tél. : 01 42 79 24 24
ouvert tout les jours sauf le dimanche, de 10h à 18h
Tarif : 6,50 €
R. G. (18 août 2009)








