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Un article sur l’exposition Les Juifs dans l’orientalisme, au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
:::: mots clés : Charles Baudelaire | Lesser Ury | Nachum Gutman | Eugène Delacroix | Théodore Chassériau | Sir Lawrence Alma–Tadema | Félix–Jacques Moulin


DU JUDAÏSME DANS L’ORIENTALISME
par Romaric Gergorin

 

Eugène Delacroix : Mariée juive au Maroc, 1852 - Collection Ethel LeFrak et la famille LeFrak © Adam Reich / Collection Ethel LeFrak et famille LeFrak

Eugène Delacroix
Mariée juive au Maroc, 1852
Collection Ethel LeFrak et la famille LeFrak
© Adam Reich / Collection Ethel LeFrak et famille LeFrak

Lawrence Alma-Tadema : Joseph gardien des greniers de Pharaon, 1874 - New York, Dahesh Museum of Art

Lawrence Alma-Tadema
Joseph gardien des greniers de Pharaon, 1874
New York, Dahesh Museum of Art

Maurycy Gottlieb : Le Christ devant ses juges, 1877-79 - The Israel Museum, Jérusalem © Elie Posner / The Israel Museum, Jérusalem

Maurycy Gottlieb
Le Christ devant ses juges, 1877-79
The Israel Museum, Jérusalem © Elie Posner / The Israel Museum, Jérusalem

Théodore Chassériau : Juives d’Alger au balcon, 1849 - Musée du Louvre © Daniel Arnaudet, RMN, Paris

Théodore Chassériau
Juives d’Alger au balcon, 1849
Musée du Louvre
© Daniel Arnaudet, RMN, Paris

Félix-Jacques Moulin : Juif et Juive de Constantine, Algérie, 1856 - Épreuve sur papier albuminé - Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie

Félix–Jacques Moulin
Juif et Juive de Constantine, Algérie, 1856
Épreuve sur papier albuminé
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie

Trouver du nouveau, comme disait Baudelaire, fut la raison d’être de l’orientalisme, par quoi les artistes du XIXe siècle cherchèrent une inspiration inédite dans la culture méditerranéenne, où Islam et Judaïsme remettaient en cause leurs acquis. Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme consacre une belle exposition historiographique avec Les Juifs dans l’orientalisme ou comment prend forme une nouvelle figure de l’altérité, le Juif oriental.

En présentant des œuvres de 1832 à 1930, Laurence Sigal–Klagsbald, la commissaire de l’exposition, choisit d’élargir le spectre de l’orientalisme au delà de son socle traditionnel d’artistes européens du XIXe siècle. Car, effet surprise, sont inclus aussi des artistes juifs du début du XXe siècle qui se réapproprient ainsi leur propre histoire. C’est le volet le plus inattendu de ce parcours, sortir de l’histoire officielle de l’orientalisme par des lignes de fuite transversales dépassant les canons d’un genre sinon trop figé. Mais on ne sort d’une vue à distance ; soit des artistes européens fixant une vision de l’orientalisme, pour aller dans une autre avec des artistes juifs européens saisissant de l’orientalisme pour le réinventer. Les peintres séfarades sont absents. Car ce sont beaucoup de peintres juifs venant des pays slaves, et installés en Palestine. Certains sont toujours restés en Europe mais peignent des tableaux de la mythologie juive comme on envoie des cartes postales dans le futur.

Lesser Ury, qui vécut en Pologne et en Allemagne, présente une approche de Jérusalem proche du merveilleux. Dans un étonnant tableau de 1896 quelques personnages dans des postures méditatives apparaissent au premier plan tout auréolés de noir quand derrière eux la mer blanche se confond presque avec un ciel rosâtre. Héroïsme, fatalité et mystère sont les thématiques que suggère cette œuvre qui selon Martin Buber renouvela les codes de l’orientalisme. D’autres œuvres d’Ury ravissent par leur dépouillement figuratif, où le dénuement des formes recèle une force spirituelle très singulière comme dans Moïse sur la montagne et dans Joseph et les Ismaélites. À chaque fois des archétypes sont métamorphosés par une représentation naïve. On peut retrouver cette proximité avec l’art brut dans la splendide Orangeraie à Jaffa de Nachum Gutman, Juif russe émigré en Palestine, qui peint un univers devenu familier et donnant malgré tout une touche exotique aux jardins d’oliviers, traversés par la modernité d’un train coupant la perspective.

Après cette échappée juive très sensuelle on pourra revenir avec profit et componction sur les fondamentaux de l’orientalisme en retrouvant un de ses pères fondateurs, Delacroix. Notamment sa Marié juive au Maroc, où la peinture devient son propre sujet, avec une femme assise, perdue dans ses pensées, flottant dans des couleurs ocre et rougeâtres d’un intérieur qui est celui du romantisme. Chassériau s’exerça lui aussi à représenter les « belles juives », un exercice obligé et un objet de fascination pour les peintres orientalistes tout comme les écrivains du XIXe siècle, à l’instar d’un Flaubert ou d’un Gautier.

 

Les juifs dans l’orientalisme
Jusqu’au 8 juillet 2012

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint–Aignan
71, rue du Temple – 75003 Paris
Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h, le mercredi jusqu’à 21h
Entrée : 9,50 €


R. G. (21 juin 2012)


 




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