Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 









Quarez à la Bibliothèque Forney et à la galerie Sit Down

MICHEL QUAREZ, UN PEINTRE EN SES AFFICHES
par Manuel Jover


La Bibliothèque Forney consacre l'œuvre de Michel Quarez. Une œuvre « entière ».

La grande leçon de Michel Quarez, c'est son culot intégral, c'est-à-dire sa parfaite intransigeance sur sa liberté d'artiste. « Je surprends mes commanditaires en leur disant que je suis dans l'incapacité de transmettre leur message, que l'affiche n'a même pas le pouvoir de communiquer, qu'en fin de compte, elle peut tout juste faire du bien, comme un massage ». Cette position, pour un affichiste, ou plutôt un peintre-affichiste, car ainsi se considère-t-il, peut sembler intenable aujourd'hui ; c'est la seule qu'il lui importe de tenir. Il est un artiste, non un communiquant. Il revendique la méthode « à l'ancienne », consistant à traiter directement avec l'annonceur, en intelligence directe, sans l'intermédiaire des agences toujours promptes à passer le projet à la moulinette du marketing. Aussi est-ce parmi les institutions, soucieuses de promouvoir des idées et non des marchandises, collectivités, municipalités, syndicats, ou encore associations, qu'il trouve ses annonceurs. Il faut à Quarez des annonceurs « volontaires », qui acceptent que leur demande s'efface devant sa réponse, celle-ci allant rarement dans le sens du poil. Quarez parle de là où il est et part de ce qu'il est. Aussi ses images sont-elles peuplées des gens parmi lesquels il vit, habitants des banlieues « réduits » à des signes distinctifs — casquettes à l'envers, pantalons « baggy ». — et souvent rehaussées d'emblèmes anatomiques qui proclament ses goûts érotiques. L'absence totale de culpabilité autorise la gaîté la plus effrontée, qui s'exprime tout d'abord dans l'usage des couleurs : une sorte d'absolu de la puissance énergétique de la couleur, qui reste sans équivalent.

Quarez est éminemment peintre. L'idée, chez lui, est avant tout une idée plastique réduite à sa formulation la plus concentrée. Citons, parmi les chefs-d'œuvre, cette Marche pour la paix de 1982 : des taches de couleurs pures bombées sur la blancheur éclatante du papier.

C'est presque rien, et c'est mille choses, la multitude, le ciel immensément ouvert, la joie première des couleurs telle que les tout petits l'éprouvent avec les ronds d'aquarelle, le vertige blanc de Malevich, tout cela et plus encore, attrapé  d'un geste et avec des moyens (en apparence) basiques et immédiats, où tous peuvent se reconnaître. Et ce Bonjour voisin !, où l'on retrouve la silhouette fétiche de Quarez, le bonhomme au pas de course tracé d'une brosse baveuse comme il convient à cet art mal léché mais supérieurement affiné, bonhomme ici doté d'une main tendue énormément rouge comme un signal où se concentre le sens de l'image : là, c'est la peinture elle-même qui se fend d'un sourire.

La générosité souvent saluée de cette démarche est aigüe, elle jaillit toute vive du tranchant des moyens plastiques. Si l'affiche, comme l'épigramme ou l'aphorisme, est un art de la pointe, c'est à la pointe du pinceau que Quarez fait mouche. C'est un peintre en affiches, pour la rue plutôt que pour les cimaises, mais peintre avant tout. Ce dont nous persuadent aisément tant la grande rétrospective de la Bibliothèque Forney, que la plus modeste exposition de la galerie Sit Down, où l'artiste montre « Ses autoportraits ». En réalité, ce sont les portraits des peintres qu'il aime et qui ont compté pour lui, Matisse, Arroyo, Léger, Warhol, ou son cher Savignac, peints chacun dans une « écriture » différente correspondant à un trait de leur art ou de leur personnalité. En somme, cette suite est un « autoportrait-hommages », comme le suggère le seul « vrai » autoportrait, où la tête en ombre chinoise de l'auteur est partagée en carrés de couleurs symbolisant ces différents « autres » qui ont contribué à forger sa propre personnalité. Comme quoi, l'ego d'un artiste n'est pas toujours proportionnel à son talent.

 

Michel Quarez, Affiches
jusqu'au 2 janvier 2010
Hôtel de Sens - Bibliothèque Forney
1, rue du Figuier - 75004 Paris
Tél. : 01 42 78 14 60
du mardi au samedi de 13h à 19h
tarif : 4 €

Michel Quarez. Ses autoportraits
jusqu'au 16 janvier 2010
galerie Sit Down
4, rue Sainte-Anastase - 75003 Paris
Tél. : 01 42 78 08 07
du mardi au samedi de 14h à 19h

Publication : Michel Quarez, Paris Bibliothèques Éditions, collection « Affichistes » n°15, 232 pages, 380 illustrations, 28 €


M. J. (21 décembre 2009)


 




artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2014 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.