Jamais, sans doute, la FIAC n'avait connu un climat aussi contrasté. Mardi dernier, alors que les galeristes terminaient leur accrochage, la chute des places financières internationales était à son comble, le vertige rivalisait avec l'irrationnel. Dès lors, les professionnels craignaient qu'un semblable trouble ne gagne les allées. La tension était palpable, l'inquiétude non dissimulée.
Et pourtant. Mercredi soir, à l'heure du vernissage, jamais la FIAC ne connut une telle affluence. « Nous avons atteint, ce soir-là, la limite de la jauge », convient l'un des membres de l'organisation.
L'affluence ne s'est pas départie les jours suivants. Acheteurs, collectionneurs et public étaient au rendez-vous. L'inquiétude du début de semaine semblait un lointain cauchemar. « La seule clientèle qui nous ait manqué » précise l'une des responsables de la communication « ce sont quelques jeunes traders qui, d'ordinaire, venaient ici et que nous aidions à constituer un début de collection ». Et pour cause. Mais cette absence n'a pas joué. Pour l'ensemble des galeristes, cette cuvée 2008 a été d'autant plus fructueuse que ceux-ci craignaient un désastre. « Même si Paris n'est pas à la hauteur de Bâle, cette édition a été un véritable succès », peut-on entendre en forme de conclusion.
Samedi, autre tension, mais de rigueur, puisque l'on remettait le prix Marcel Duchamp, et c'est Laurent Grasso qui a été désigné, comme nous le supposions ici même, non par quelque indiscrétion du jury, mais par pur pronostic. Ce plasticien né en 1972 à Mulhouse, et qui est représenté par la galerie Chez Valentin, l'un des soutiens les plus actifs de la nouvelle génération d'artistes, travaille essentiellement en vidéo. Il joue sur la frontière fiction/réalité, rationnel/irrationnel, telle cette déferlante d'eau, aux allures de tsunami, envahissant les rues de New York, ou cette éclipse maléfique, ou encore cette « météorite » tombant sur le désert de nos illusions. Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas forcément fortuite.
Enfin, sur le site FIAC du Grand Palais, la présentation du livre de huit cents pages : French Connection, par la nouvelle maison d'édition Black Jack fait événement : une aventure « née du désir de faire le portrait de la scène artistique française, de montrer son dynamisme et sa prolixité », précise l'éditrice Léa Gauthier. Ce livre en édition bilingue rassemble les travaux de 88 artistes, vus par 88 critiques, un travail réalisé en collaboration avec les acteurs de cette scène française, comprenant un millier d'images, pour un résultat à la fois étonnant et sans précédent. Ce livre, dans lequel on retrouve naturellement Laurent Grasso, mais aussi Claude Lévêque, Tatiana Trouvé, Pierre Bismuth, Didier Marcel, ou Édouard Levé., montre toute l'hétérogénéité des artistes contemporains français, le dynamisme à l'ouvre que la Fiac a particulièrement bien véhiculé lors de cette dernière édition.
P. F. M. (27 octobre 2008)









