Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 











Jimmie Durham l’art du pied de nez

par Jean Philippe Renoult


La pièce la plus saisissante de Jimmie Durham est celle postée à l’orée de l’exposition, celle qui dans son contexte « naturel » est également le sujet de l’affiche : un avion de tourisme fracassé par un rocher jonche le sol. Avec autant d’humour que de violence, la pierre demeure un symbole de destruction mais elle tombe du ciel pour abattre un avion. Quoi de plus incongru et éloquent que ce préambule à l’exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris de Jimmie Durham Rejected Stones (Pierres Rejetée) visible jusqu’au 12 avril.

Son titre a pour origine un vieux poème hébraïque, « le psaume 118 verset 22 », nous dit Durham. « Ce psaume biblique chante les « bâtisseurs », à savoir le pouvoir étatique, ceux qui dans leurs constructions rejettent les pierres que Dieu utilise ensuite comme pierre angulaire pour ses propres desseins ».

L’art de Durham reste encore et toujours un art engagé. Né Indien Cherokee dans l’Arkansas en 1940, sa biographie officielle en dit plus sur son engagement au sein du Mouvement des Droits Civiques Indiens de 1973 à 1980 que sur ses expositions prestigieuses aux Biennales de Venise, du Whitney Museum à New York ou encore à la Documenta de Kassel. Elles sont ici relayées en conclusion de sa notice biographique telle une simple note de bas de page.

Les matériaux manufacturés ou naturels utilisés par Durham sont multiples : pierres, cailloux, verres brisés, tôles cabossées, bois, tuyaux en PVC, barils d’essence etc. Leurs points communs : ce sont tous des objets « trouvés ». Sa démarche est mise en abîme dans un savoureux court métrage sans paroles de 13 minutes. A découvrir à la fin de l’exposition !

Dans ce film, l’artiste vidéaste Anri Sala se transforme en acteur collectant des objets le long des routes et des champs. La séquence suivante le montre dans son habitation (une caravane, sorte de taudis, isolé du reste du monde). Puis, le décor devient tout autre. Le spectateur plonge au cœur d’un vernissage ; le galeriste remet à l’artiste une importante liasse de billets. L’artiste repart vers sa caravane, y met le feu, puis s’embarque en occident à bord de la compagnie aérienne « France Airways ». L’ultime scène sur laquelle s’inscrit le générique de fin révèle l’artiste Anri Sala discutant décontracté sur une terrasse d’un café parisien, tandis que dans un coin discret de l’écran, Durham, lui, lit un journal. Ce récit, certes fictif, montre comment un artiste en marge de la société peut agir sur celle-ci en jouant consciemment avec les mécanismes du marché de l’art.

L’art de Durham ne se réduit cependant pas à l’autofiction, il excelle également dans le décalage de point de vue, dans la création d’associations d’idées surtout lorsqu’il convoque les principaux totems de l’histoire de l’art pour mieux les critiquer ou les encenser. Les Pipes de Magritte renvoient à celles du Commissaire Maigret ; son autoportrait photographique en « Rosa Levy » renvoie à Rose Sélavy enturbannée de Marcel Duchamp. Ou encore, lorsqu’il réinterprète la Fontaine en pissotière fracassée par une tête sculptée de David. Le socle d’une sculpture en hommage à Brancusi, sur laquelle trône un unique ressort semble avoir « rejeté » l’œuvre. Comme dans l’art de Brancusi, le socle chez Durham constitue une partie essentielle de l’œuvre. Une question demeure : y a-t’il vraiment rejet ?

C’est dans un constant jeu de questions érudites et de citations cache-cache que doit se visiter cette exposition de Durham. Le risque est grand de s’y perdre dans une abondance de supports, d’œuvres, (sculptures, peintures, dessins, vidéos, photos). L’ensemble se regarde d’avantage comme une rétrospective que comme une exposition thématique. Pourtant, toutes les œuvres présentées ici ont été réalisées à partir de 1994 et seulement sur ce qu’il nomme le territoire  d’« Eurasie ». Ce nom est comme un rappel du choix qui le fit quitter définitivement les Etats-Unis à cette date. L’un des derniers autoportraits photographiques de l’exposition désigne Durham lisant le journal The Euroman… L’adoption est faite !

 

Jimmie Durham. Pierres Rejetées...
Jusqu’au 12 avril 2009
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président Wilson - 75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h et le jeudi jusqu’à 22h
Tarifs : 7 € ou 5 € en tarifs réduit

Collectif, Jimmie Durham
Paris Musées, 2009, 45 €


J. P. R. (19 fevrier 2009)


 








artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2012 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.