John Giorno, poète post beat, passeur et égérie de l'underground New-Yorkais depuis qu'il fut repéré par Andy Warhol et qu'il fut immortalisé dans son film Sleep au début des années soixante. Ami de W. S. Burroughs, John Cage, David Byrne et de centaines d'autres, il expose actuellement à la galerie Almine Rech un ensemble de dessins et de peintures typographiques.
Aucun media, ni support ne lui a échappé : la vidéo, le magnétophone, le disque, voir le téléphone pour la création en réseau intitulé « Dial-A-Poem ». De plus, son écurie la Giorno Poetry Systems est à l'origine de plusieurs carrières fondamentales. Qu'aujourd'hui, à 72 ans, il livre une collection de dessins et peintures, paraît presque trop classique de sa part. En y regardant de près, rien n'a encore aseptisé la verve du poète.
En lettre pastelles dorées ou sombres, Giorno extrait de ses poèmes quelques mots et expressions pour fabriquer ce qu'il appelle des « Poem Paintings ». Les toiles et les dessins exposés ici résonnent à la rétine comme aux oreilles à la façon de dazibaos (1) lumineux et luminescents surtout quand il choisit une couleur flashy ou acidulée.
Acidité du verbe comme de la lettre : Life is a killer qui donne son nom à l'exposition, est constituée de cinquante deux dessins, de dimensions variables. Certains sont très petits.
Giorno a travaillé sur des formats « transportables » lorsqu'il était en tournée de part le monde. Ces dessins, tous réalisés durant l'année 2008, semblent graphités, exécutés entre deux portes, entre deux avions, entre deux domiciles. Ils traduisent des humeurs différentes.
Ils pourraient se lire comme un journal, mais n'y cherchons pas un début ou une fin. En ce sens, Life is a Killer s'apparente plus à une sorte de carte postale, trace d'une impression, d'un motif. Et c'est le monde entier et pas seulement celui de l'auteur qui s'ouvre à nous. Dans Eating the sky, la lettre croque sur la bordure blanche du cadre et paraît s'y fondre. Autre exemple : It doesn't get any better, Life is a killer autant d'axiomes qui nous poursuivent bien au delà de l'exposition à proprement parler.
La galerie Almine Rech présente également les dix huit cadres qui composent la série plus connue Welcoming The Flowers Paintings. Série combinant une couleur de verbe tranchante au champ lexical floral : Hyacinths are the songs of suicide, Orchids are the tongues that lied.
Les dessins et les séries s'agencent sur les murs de la galerie recouverts d'immenses pochoirs. Ainsi, l'ensemble développe trois niveaux de lectures possibles. Une sorte de dazibao multidimensionnel que l'on peut attraper en tout sens.
Le soir du vernissage, John Giorno offrait au public une performance sonore. Accoutumé au microphone et aux systèmes d'amplifications, il a dû cette fois s'en passer pour une banale cause de défaillance technique. Alors, le poète nous parle, à voix nue, et rien de ce qu'il dit n'échappe au spectateur.
Comme un signe, l'une des Flowers Paintings accrochée près de la porte nous dit en partant : « We gave a party for the gods and all gods came ». C'est certain, tous les dieux était venus. Quant aux traces de l'ange, elles sont visibles jusqu'au 25 février à la galerie Almine Rech.
Completely Attached to Delusion 1
(1) Affiches à messages revendicatifs, autrefois placardées par le peuple chinois, sur lesquelles fleurirent de nombreuses expériences typographiques.
52 dessins inédits, la série de 18 peintures intitulées Welcoming The Flowers Paintings et deux vidéos
Jusqu'au 25 février
galerie Almine Rech
19 rue de Saintonge - 75003 Paris
Tél. : 01 45 83 71 90
Ouvert du mardi au samedi, de 11h00 à 19h00
J. P. R. (22 janvier 2009)









