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Œuvres Sonores à Beaubourg

par Jean-Philippe Renoult


Le centre Pompidou propose dans le cadre du cycle « vidéo et après » un nouveau rendez-vous trimestriel, intitulé Œuvres Sonores.

La séance d’aujourd’hui, premier volet d'une série, sera consacrée aux patrimoines sonores de la collection du Musée National d'Art Moderne. En partant d'une approche historique autour des recherches menées dans les années 50, 60 et 70, cette programmation prend la mesure des liens et des influences qui unissent avant-gardes plastiques et créations sonores contemporaines. Les séances s'articuleront autour de trois axes : les travaux sonores créés par des artistes plasticiens comme Vito Acconci ou Öyvind Fahlström, mais également les artisans de la poésie sonore ou la poésie concrète, en France on pense à Henri Chopin ou pour les Etats-Unis à Bryon Gysin et John Giorno. Le dernier axe sera lui consacré aux classiques contemporains hors écoles, toutes nationalités confondues tels qu’ Alvin Lucier ou Luc Ferrari.

Emanuele Carcano, fondateur des éditions Alga Marghen dédiées aux avant-gardes de la poésie sonore et à la musique électronique, est le curateur de cette première séance. « Une séance d’écoute pure » nous dit-il. Pour autant, elle fera intervenir des incunables de la vidéo en provenance des fonds des Musées Nationaux d’Arts Contemporains. Ainsi, le compositeur issu du mouvement minimaliste New Yorkais des années soixante-dix, Charlemagne Palestine, interprétera (le 15 décembre) une œuvre électronique singulière combinées aux images de « Body Music I » de 1973, sa première réalisation en vidéo. Cette pièce, entrée dans la collection du MoMA à New York, se superposera à une performance qu’il fit au côté du violoniste Tony Conrad, à la même époque.

Cette première séance d’Œuvres Sonores, sous titrée Totally Corrupt, fait directement référence au deuxième convive de cette soirée, le poète post beat : John Giorno, et plus particulièrement à un album de sa série : Dial-A-Poem Poets, où caracolaient sur un même disque vinyle, Anne Waldman, William S. Burroughs, Allen Ginsberg, John Cage et Giorno lui-même.

Avec son label GPS (Giorno Poetric System), il crée un système multimédia avant son temps, exploite des ressources technologiques comme le magnétophone Revox ou le synthétiseur Moog, ainsi que les moyens de communication à sa disposition : le téléphone, la télévision, le disque. En cela, Giorno est un « Ouvroir de Poésie Potentielle à la culture de masse », si l’on reprend l’expression oulipienne, un passeur et une icône.

L’icône Giorno, c’est notamment cet éphèbe immortalisé par le regard caméra de Andy Warhol dans son film Sleep en 1963. Peut-être le plus beau plan fixe du cinéma, et surement le plus long… Durant plus de cinq heures, Warhol observe un homme qui dort. C’est l’auto revendication chez Warhol de son anti-cinéma mais aussi la confession pure de son amour pour Giorno, son amant du moment.

Cette première au centre Pompidou laisse augurer d’autres évènements mélangeant des arts, plus que jamais connexes : croisement entre arts plastiques, arts sonores et la performance. Après Charlemagne Palestine et John Giorno, ce sera au tour du compositeur électro-acoustique français Luc Ferrari d’être à l’honneur en avril 2009. De quoi montrer, s’il le fallait, que l’art sonore ne manque pas d’images hautement narratives qui gagnent de plus en plus les espaces muséaux internationaux.


William S. Burroughs/John Giorno, 1975

 

Œuvres sonores
Le 15 décembre 2008
Cinéma 1 au Centre Pompidou
Œuvres sonores/Deuxième partie (le 6 avril 2009) sera consacrée à Luc Ferrari.

Tarifs : 6 € ou 4 € en tarif réduit.

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J. P. R. (15 décembre 2008)


 






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