Il ne reste que quelques jours pour voir les expositions mitoyennes de la Maison Rouge : Wharol T.V. et Mika Rottenberg, deux stars de la vision.
« J’aime bien l’esprit de Warhol. Ce n’est pas un peintre ou un cinéaste, c’est un filmeur » Marcel Duchamp.
Warhol a filmé Duchamp plusieurs fois dans le cadre de ses fameux screen test, réalisé principalement entre 1964 et 1966 avec son entourage et des personnalités de l’avant garde internationale. Leur principe est immuable : quatre minutes de film noir et blanc — le temps d’une bobine de 30 mètres, un cadrage serré, la caméra fixe, un éclairage puissant. Le film est ensuite projeté à 16 ou 18 images secondes, créant ainsi une impression de flottement de l’image.
Warhol TV, à La Maison Rouge, expose donc ce Warhol Filmeur. Elle nous en montre même deux. Le premier c’est celui de la « Factory » qui use de la camera comme d’une arme d’art. Ce Warhol là est l’auteur d’un véritable art vidéo même si la définition est à peine prononcée au milieu des années soixante. En 1970, il acquiert une camera portative et se met véritablement à la vidéo, abandonnant ainsi la caméra fixe. Il tourne les Factory Diaries et moult de ses « Soap Opera », saynètes muettes un peu surannées mettant en scène des couples en situations amoureuses ou domestiques, tandis que le film est lui entrecoupé de publicités d’époque.
C’est en 1979 que nait Andy Warhol TV production. Elle disparaîtra avec lui en 1987, mais laisse entre temps nombreux programmes principalement diffusés sur le câble à New York. Y sont disséqués avec autant d’esprit que de futilité, les codes de l’époque, la mode, la New Wave, le clubbing, et un défilé sans fin de people. La liste se termine par Warhol lui même et le cinquième épisode de Andy Warhol’s Fifteen Minutes diffusé après sa mort sur MTV. Il s’agit ni plus ni moins que de son oraison funèbre. Si Andy a un fantôme, c’est bien dans une télé qu’il habite.
Dans les salles attenantes à celles de l’exposition Warhol T.V. sont installées des projections de vidéos de Mika Rottenberg née en 1976 à Buenos Aires et installée aux Etats-Unis depuis 1991. Dernier coup d’œil sur cette exposition qui fut une première pour elle en France.
On y rentre par un dédale curieux, un oppressant passage bas de plafond où se découvre Dough : Pâte en français. L’action s’y déroule dans l’espace confiné d’un « Sweat Shop » littéralement atelier à sueur, où besognent des ouvrières dans une improbable chaîne de montage colorée. Taylorisme surréaliste, l’action répétitive du travail de la pâte est fracturée par l’intervention d’une femme obèse qui se fait pleurer en respirant des gerberas afin que ses larmes favorisent la montée de la pâte, laquelle se débite ensuite en sachet destinés à la distribution et à la consommation.
Sueur ou larmes, tout chez Mika Rottenberg a trait au corps. Elle nous offre en spectacle cette sécrétion du corps qu’elle considère comme une essence, « brillante et vivante ». Si l’on voit en action des corps-machines, conditionnés dans une action donnée, ils n’en restent pas moins sensuels et vivants. Il y a du Tati chez Mika Rottenberg, un sens de la narration appliqué, que corrobore une très fine utilisation du son.
Ses vidéos sont installées dans un dispositif qui met le spectateur en abîme. La plus imposante date de 2008, Cheese : dans un enclos rural du XIXe siècle où sept sœurs aux cheveux démesurément longs s’activent à la fabrication de fromage. Elles font couler de leur chevelure une eau qui se mélange au lait de chèvre, puis elles animent un agencement mécanique mais non industriel, contrairement aux vidéos Tropical Breeze et Dough.
La puissance thématique des travaux de Rottenberg réalisés sur la seule période 2004-2008 force le respect du spectateur. Il est impossible de ne pas s’y sentir impliqué, de connivence. En s’appuyant sur un message clairement politique, elle parvient à dégager de ce contexte une vision charnelle, humaniste et non dénuée d’humour. Ainsi l’art singulier de Mika Rottenberg renvoi à un sentiment universaliste de façon jubilatoire.
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Warhol TV et Mika Rottenberg
jusqu'au 3 mai
la maison rouge
10 boulevard de la bastille - 75012 Paris
Tél. : 01 40 01 08 81
ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h, et nocturne le jeudi jusqu'à 21 h. Fermé le 1er mai
Tarif : 7 € ou 5 € en tarif réduit et accès gratuit et illimité aux expositions, accès libre ou tarif préférentiel pour les événements liés aux expositions
J.-P. R. (30 avril 2009)










