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Carré d'Art de Nimes : neuf artistes exposent sur le temps

PROJECTIONS À NÎMES
par Joël Riff


Emportant notre regard dans un voyage trouble au sein d'une temporalité soudainement flexible, la commissaire Françoise Cohen met en espace les œuvres de neuf artistes selon un parcours puissant qui souligne la plasticité de la quatrième dimension.

Au premier pallier du magistral escalier d'entrée au Carré d'Art, vaisseau de fer et de verre impressionnant par sa solide transparence, se trouve une silhouette figée dans le blanc du mur, projetée depuis une surface dont on sous-estimait la potentielle souplesse. Daniel Arsham semble cristalliser en sa figurine propulsée tout le propos de la belle démonstration développée plus haut et la sculpture suspendue dans sa mystérieuse extraction forme un prologue excitant.

Encore quelques marches et l'on arrive près d'un écrin de carton semblant héberger une projection. A l'approche de la structure une force irrésistible aspire simultanément vers l'entrée de l'exposition. L'accrochage forme un circuit clos : la fin mange le début en un cercle magnétique dont il sera difficile de s'extirper. Et la succession adroite de zones monographiques permet de jouir pleinement de la qualité des univers traversés tout en se délectant de leurs interactions.

Nous voilà assiégés par les grands formats intergalactiques de Gordon Cheung où des paysages désolants sont habités de figures mystérieuses et auréolées de spectres vifs aux teintes séduisantes. Les panoramas silencieux laissent transparaître une trame de données numériques, feuillets boursiers ancrant de leur fantôme la structure de ces apocalypses. Et suspendu dans la salle circonscrite par ces alarmantes fenêtres, le voluptueux ectoplasme métallisé d'Iñigo Manglano-Ovalle guette les humains pensifs qui le contournent.

La salle suivante montre l'explosion bleutée de Chris Cornish, modélisée avec une virtuosité dans le maniement des logiciels informatiques. La projection monumentale immobilise le cours des choses en une pause interminable soulignée par le mouvement circulaire du point de vue qui gravite autour du nimbus captif. Plus loin, un homme dont l'isolement fait écho pose dans une jungle luxuriante. D'autres entités nébuleuses sont évoquées ici par un sobre pointillisme graphique ou des bricolages sophistiqués.

Les mastodontes herbivores de Jean-Pascal Flavien redonnent de la masse au parcours qui se dissolvait dans l'éther. L'artiste déploie une projection ingénieuse diffusant un corpus bien fourni d'éléments qui figure l'implantation saugrenue d'un énigmatique habitacle rouge dans un environnement préhistorique, naturellement peuplé de dinosaures évoluant au sein d'une faune primitive. Ces vues aplatissent, avec l'élégance sûre de dessins agiles réalisés à la sanguine, les imaginaires de temps futurs et passés en un séduisant anachronisme.

Dans l'autre versant du bâtiment se poursuit l'orientation conceptuelle onirique ou d'anticipation. Le contraste perdure, entre un climat sauvage vierge de toute présence humaine et les modernismes qui en agglomèrent les aspirations les plus visionnaires. Puis arrive une zone sombre uniquement éclairée par les deux vidéos qui s'y font indépendamment face. Laurent Grasso est aujourd'hui bien identifié comme l'iconographe de l'étrangeté aux fondements scientifiques. Ses sérigraphies argentées confirment dans la pénombre cette appétence à détourner le vocabulaire des chercheurs, alors qu'un monolithe entre dans une lévitation quasi-religieuse et qu'une flopée de volatiles noirs file dans des sous-bois mystiques.

A nouveau sortis de l'obscurité, nous découvrons la série de montages de Cyprien Gaillard qui injecte des immeubles modernistes dans des campagnes bucoliques telles celles typiquement représentées dans les gravures du temps des Lumières. L'effet, bien que s'essoufflant un peu au fil de la déambulation, fonctionne encore et la confrontation des deux éléments caricaturaux, le sujet dans son contexte, exprime toujours ce vertige temporel mixant l'avant et l'après. Nos repères s'estompent de plus en plus, l'utopie devient ruine.

Michael Landy lui, insiste sur cette piste pessimiste en développant une série de grandes gouaches noires sur supports blancs s'épuisant dans le motif de la destruction.

On reconnaîtra ensuite le module écaillé de plaques de cartons qui inaugurait furtivement notre visite. Tobias Putrih l'a conçu pour y diffuser les séquences du film d'un autre. Nous pouvons résister à l'attraction de la boucle dans laquelle nous sommes pris depuis un moment pour visionner le faisceau mouvant ou se laisser aller dans son irrépressible courant, sans début ni fin.

 

Projections
jusqu'au 3 janvier 2010
Carré d'Art de Nîmes
16, Place de la Maison Carrée - 30000 Nîmes
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi
Tarifs : 5 € ou 3,70 € en tarif réduit


J. R. (23 décembre 2009)


 






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