La galerie parisienne Air de Paris reçoit en son sein la nouvelle exposition de l'américain Josh Smith. I'm Not You surprend par la force d'expression de cet artiste qui travaille sur la perte et l'appropriation de l'identité.
Né en 1976 dans le Tennessee, Josh Smith est connu pour son travail formel et quasi obsessionnel autour de son nom, aussi banal soit-il. Les lettres patronymiques sont mises au centre de ses ouvres et aspirent à devenir esprit. Travaillant également sur les figures de répétition, l'artiste était déjà passé par la galerie parisienne Air de Paris en 2006, avec un beau projet intitulé The City Never Sleeps. Les vingt-six volumes d'une encyclopédie thématique y confirmaient aussi son amour du mot et de ses extensions, comme la page et le livre. Il revient cette année avec un projet tout aussi cohérent, I'm Not You, qui explore d'avantage encore ses sujets de prédilection comme les notions d'être-au-monde et d'altérité.
Fidèles aux habitudes de Josh Smith, les huit ouvres qui constituent l'exposition se jouent des matières. C'est sur des panneaux de bois que papier mâché, pages de journaux, photographies détournées et peinture en pagaille se mélangent grâce au collage, faisant alors coexister l'intime et le public. Comme l'écrivait Emmanuel Lévinas dans son Autrement qu'être ou Au-delà de l'essence (1974) « Etre humain, cela signifie : vivre comme si l'on n'était pas un être parmi les êtres » : je ne suis pas toi, tu n'es pas moi, mais nous sommes pareils. L'artiste en profite pour s'interroger sur la valeur du nom : Michel peut devenir William, quelle importance ? Chacun est nommé par l'autre, et cet autre peut se nommer comme nous.
D'ailleurs, un Josh Smith peut être un basketteur, un journaliste ou un golfeur. La confusion de l'identité est retranscrite par des traces épaisses et contrôlées de peinture. Plutôt vive lorsque la couleur tourne au bleu (céleste ?), plutôt sombre lorsqu'elle reste dans des tons plus chauds, la peinture tient ici une place prépondérante. Elle peut ainsi écraser de son poids le sens d'un article, d'un mot, d'une lettre, d'une photo. ou les rendre plus visibles encore, la richesse sémantique n'ayant plus guère d'importance.
Le travail de Josh Smith continue à s'inscrire dans une orientation poly-référentielle. On pense d'abord à l'impulsivité expressive et urbaine du Bad painting, mouvement américain né à la fin des années soixante-dix, illustré par Keith Haring, Neil Jenney ou Jonathan Borofsky. Le graffiti est ainsi clairement interpellé, tout comme est également évoqué le polymorphisme du dadaïsme. Enfin, le choix même d'utiliser des pages de journaux américains renvoie à d'autres informations encore - et autres qu'artistiques. L'intime et le public reviennent sans cesse nous rappeler que l'un ne peut exister sans l'autre. Leur existence est une lutte intestine, vouée à se nourrir de ses batailles.
Josh Smith, I'm Not You
Du 17 janvier au 7 mars 2009
Galerie Air de Paris
32, rue Louise Weiss - 75013 Paris
Tél. : 01 44 23 02 77
S. R. (30 janvier 2009)












