Invitée à participer à la Triennale de Folkestone du 14 juin au 14 septembre 2008, à quelques kilomètres de là où elle est née (à Canterbury en 1965), Tacita Dean embarque avec son équipe à Boulogne-sur-Mer sur un bateau de pêche (Amadeus) depuis lequel elle filme sa traversée de la Manche. Le film de cette traversée a été sa contribution à la triennale britannique. L'artiste vit depuis quelques années à Berlin et, pour elle, « retourner en Angleterre, c'était y retourner par la mer »(1). Après Folkestone, le film Amadeus (swell consopio) a retraversé le Channel, il est projeté jusqu'au 18 octobre à la Galerie Marian Goodman.
À l'occasion d'un texte, sur la notion d'obsolescence, publié en 2002, dans le numéro 100 de la revue October, Tacita Dean a noté son attirance pour des objets ou événements conçus dans la décennie de sa naissance, les années soixante. Ses films s'attachent à des objets dépassés, surannés. Elle ajoute : « J'aime le temps que l'on entend passer [.] l'obsolescence a une aura : l'aura de la redondance et de l'échec ». Si les temporalités contrariées intéressent l'artiste, son film Amadeus (swell consopio) s'attache, lui, à un territoire autobiographique, lui aussi paradoxal : « J'ai appris à nager à Folkestone, pas dans la mer mais à la piscine municipale. A part cela, je n'en ai que peu de souvenirs. [.] Être invitée à faire une ouvre d'art pour la Triennale a présenté une inconfortable collision des deux parties distinctes de ma vie, clairement séparées dans ma tête par mon départ du Kent ».
Ce nouveau film orchestre donc un retour au pays natal, effectué par la mer, comme pour mieux ressaisir un paysage et une terre depuis longtemps remisés au rang des souvenirs d'enfance. Si le travail filmique de Tacita Dean est depuis ses débuts tenu par un étrange contrat passé entre elle et les éléments disparaissant de notre culture, on observe au contraire dans Amadeus (swell consopio) l'attachement de l'artiste à faire émerger - au sens propre - un territoire oublié. Le film combine ainsi l'émergence d'un souvenir et celle d'une contrée que l'on accoste au terme d'un long voyage. C'est une façon pour elle de contourner les nombreux « culs-de-sacs nostalgiques » auxquels l'invitation de la Triennale l'avait confrontée.
C. S. (10 octobre 2008)





