Ce sont 31 pièces d'artistes représentés ou non par la galerie Chantal Crousel, de générations différentes, figures tutélaires ou nouveaux hérauts, qui composent Bijoux de famille. Un ensemble probant sous l'ombrelle d'une expression populaire au réel potentiel de sympathie.
Si les oeuvres de Bijoux de famille sont au clou, il s'agit de celui de l'accrochage. Aucune crise en vue. L'exposition, qui n'a pas été déléguée à un curateur extérieur, révèle la vision d'une galerie, ses choix, ses partis pris. Le thème est une mine d'or, qui convoque des notions comme le patrimoine, la transmission, l'héritage symbolique, le fétiche, le passage, la réappropriation. Sans oublier le sexe. Toutes choses pertinentes pour aborder le système de l'art.
Une pièce de 2008 de Heimo Zobernig ouvre les hostilités. Sur un socle, une fine couche de cristaux Swarovski, boules de polystyrène et poussière, annonce un legs pour le moins entamé. L'or ne manque pas pourtant, mais c'est plutôt vers le lingot de Marcel Broodthaers qu'il faut aller chercher. Un or qui éreinte les entreprises spéculatives ne vaut que pour la fascination qu'il provoque en tant que matériau. La sphère en marbre dorée à la feuille d'or de James Lee Byars, le gong en or massif de Wolfgang Tillmans, les chaînes d'or de Tonico Lemos Auad deviennent à leur tour des valeurs refuge pour le regard.
Duchamp, en aïeul attentif, veille à la transmission des biens. Il est encore celui qui donne à Bijoux de famille toute sa truculence, avec sa Boîte alerte où figurent des exemplaires de tabliers mâle et femelle, attributs masculins et féminins cousus main. Il est en bonne compagnie auprès de deux pièces de Mona Hatoum : la vidéo Testimony enregistre les mouvements d'un scrotum, cette enveloppe cutanée des testicules. Soumises à des changements de température, elles oscilleront entre rétractation et dilatation ; un peu comme la bourse ces temps-ci.
Quant à « Why not squeeze.(II) », petite cage contenant deux boules de cheveux, elle renvoie, en l'inversant, à un autre leurre duchampien : « Why not sneeze, Rrose Sélavy », où des cubes de marbre ressemblaient à s'y méprendre à des morceaux de sucre. Ce principe de neutralisation du sacralisé est aussi en jeu avec Isabelle Cornaro. « Savane, autour de Bangui et le fleuve Utubangui » présente un dispositif de chaînes, bracelets, montres ou boucles d'oreilles. Disposés à plat, dans un agencement minutieux, ils créent un paysage singulier, qui n'a plus rien à voir avec la fonction de ces « objets chargés », tels qu'elle les nomme.
Dans le foisonnement et la complémentarité des propositions, on pressent que cette capacité à transformer la pacotille (ou le matériau pauvre) en richesse et la richesse en abstraction, est au coeur de tout projet artistique. Bijoux de famille, en se tenant à cette ligne de conduite, est à ce titre une exposition couillue.
A voir egalement le portrait d'Isabelle Cornaro sur artnet : Voir comment on regarde : Entretien avec Isabelle Cornaro
« Bijoux de famille »
du 21 février au 11 avril 2009
galerie Chantal Crousel
10 rue Charlot - 75003 Paris
Tél. : 01 42 77 38 87
Ouvert du mardi au samedi, de 11h à 13h et de 14h à 19h
C. S. (13 mars 2009)








