« Pas vu, pas pris » est le titre de la « première exposition personnelle dans une institution parisienne » de l'artiste Richard Fauguet, né en 1963, vivant et travaillant à Châteauroux.
L'expression désamorce efficacement l'annonce susmentionnée et fournit un indice sur la manière d'aborder sa proposition : si le choix est à la formule populaire et joueuse, gageons que les œuvres vivent leur identité et leur agencement sur un mode qui ne sera ni sentencieux ni poseur. Dont acte.
La nature des matériaux, en premier lieu. Boules de pétanque, verres de cantine, correcteur blanc, céramique façon Vallauris, canevas, peau de saucisson, formica, pèse-personne, papier peint adhésif. Les objets du quotidien sont les premiers complices de Richard Fauguet, qui compense leur humilité et leur lustre vintage par la force de sa proposition graphique ou plastique.
Le sort qu'il réserve à un plat à gratin comme à une pompe à vélo révèle des visions convaincantes, portées par un socle de références où Marcel Broodthaers et Joseph Beuys, en bonne place, ne servent pas de respirateurs. Son Bec verseur à sucre (2008), hommage aux grandes figures de l'art qui clôt le parcours (mais qui l'ouvre sur le journal de l'exposition, montrant au passage que l'artiste a pris quelques libertés avec l'accrochage pour ne pas se sentir pris au piège de sa propre représentation) est jubilatoire : en fichant simplement ce petit bout de métal improbable sur des cartes postales reprenant des œuvres majeures, il leur donne une coiffe, un masque, une protection magique. Cette amulette venue de la grande distribution fait de l'effet.
Investir des surfaces déjà occupées, s'accomplir dans une forme de clandestinité douce, telle pourrait être la logique de « Pas vu, pas pris ». Le recouvrement (d'une image existante par une intervention de l'artiste) et l'assemblage (de formes semblables ou non) ont sa préférence et chaque fois, il affiche un goût assumé pour la jointure visible. Richard Fauguet n'a pas peur de mettre à jour son petit trafic et préfère les coutures apparentes aux finitions design.
Si mystère il y a autour de son œuvre, celui-là même qui innerve et valide une production, jamais tout à fait disponible à la description et à l'explication, elle n'est pas liée à une forme d'opacité artificielle maintenue autour de sa création. Accessibles, ouvertes, dotées d'humour mais sans être potaches ni insistantes, ces pièces sont généreuses. Les côtoyer, c'est emporter avec soi un peu de leur magie. Car, est-ce qu'une cruche en grès formant la tête d'un oiseau inconnu dont le corps, de facture similaire et chiné en brocante, peut nous sourire (Sans titre - céramique, 2009) ? Il semble que oui. Une qualité bien rare.
Richard Fauguet « Pas vu, pas pris »
jusqu'au 9 août 2009
Le Plateau
Place Hannah Arendt - 75019 Paris
Tél. : 01 53 19 84 10
ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 19h et les samedi et dimanche de 12h à 20h
C. S. (30 juillet 2009)







