Il ne reste que quelques jours au public pour venir se confronter à l'œuvre de Philippe Parreno, une éminence de l'art actuel, au Centre Pompidou.
Philippe Parreno surprend toujours par le fait d'être là où on l'attend le moins. Lorsqu'il filme Zidane avec l'artiste Douglas Gordon, c'est une déception pour les amateurs de football qui voient les gestes de la main du sportif et non les actions sur le terrain. Adepte du pas de côté et des jeux avec les institutions muséales, sa rétrospective tranche étonnamment dans le paysage de l'art contemporain. Déjà en 1994 dans la performance L'homme public, l'ordre du discours, il conçut avec l'imitateur Yves Lecoq un vrai faux discours officiel, très acerbe, qui fut déclamé, juste avant l'inauguration officielle du MAC de Marseille, par le ministre Jacques Toubon. Puis en 1995 avec Snow Dancing, au Consortium de Dijon, l'exposition devenait un événement festif et sonore.
Ne se pliant pas entièrement au jeu de l'exposition monographique, il investit l'espace à sa manière en contournant l'exercice de style mais en offrant quelques explications éparses. Ne reste plus aux spectateurs qu'à reconstruire les jalons manquants. Si vous n'êtes pas familier avec son œuvre, il vaut peut-être mieux, avant votre visite, vous plonger dans le catalogue de l'exposition, sorte de catalogue raisonné, très richement documenté, mais mortifère (ce qui est paradoxal pour une œuvre en constante mutation) réalisé sous la direction de la commissaire Christine Macel et du duo artistes M/M. Il ne vous reste que quelques jours pour tenter d'appréhender une exposition qui s'analyse plus comme une réflexion critique sur l'effet du spectaculaire dans l'art contemporain, voire plus précisément sur les expositions grandiloquentes en tant que divertissements culturels proposés par les institutions.
A l'instar d'un Joseph Kosuth qui, en 1972, transforma l'espace de la galerie Castelli à New York en un lieu de lecture, Philippe Parreno convoque le public à une séance cinématographique à laquelle se greffent des projets, des objets, quelques œuvres qui permettent d'appréhender la carrière de l'artiste. En somme, au lieu d'accumuler dans un même espace tous les projets qu'il a initiés et auxquels ont participé un grand nombre d'artistes tels que Liam Gillick, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Joseph, Carsten Höller, Pierre Huygue, Rirkrit Tiravanija ; il préfère se soustraire au regard et ne donne à voir que certains éléments dont les effigies qui composent le projet No More Reality et le sapin de Noël majestueusement kitsch intitulé : Fraught times : For Eleven Months of the Year it's an Artwork and in December It's Christmas. Preuve que Philippe Parreno n'est pas dénué d'humour noir ni d'ironie. En outre, lors de sa dernière collaboration avec Johan Olander, pour l'ouvrage Parade ?, ils établissent un drôle de bestiaire fantastique. Ils esquissent un univers peuplé de monstres fabuleux un brin farceurs et très cyniques, qui détourne les codes du livre pour enfants.
A l'entrée de la galerie Sud, il place l'une de ses Marquee, « marquises » en français, constituées de multiples lumières rappelant celles des cinémas, des palaces ou des grands casinos américains. Les ampoules s'allument lorsque les rideaux de la salle se baissent et que la projection du film débute ; au sol une moquette rouge rappelle étrangement le tapis des marches du Festival de Cannes. Au plafond, ses Speech Bubbles argentées sont comme agglutinées ; une installation métaphorique renvoyant à tous les discours possibles sur la création contemporaine. Ces « bulles » s'appréhendent comme une sorte de pied de nez aux historiens de l'art. Ils évoquent également les ballons gonflés à l'hélium utilisés par Andy Warhol en 1968 pour la chorégraphie intitulée Rainforest de Merce Cunningham. Le discours de la critique et sur la critique d'art est un des jalons de ses œuvres. Formé par Gilles Lipovetsky et par Daniel Buren qui furent ses professeurs, Philippe Parreno en garde un regard aigu sur les notions de participation, sur le discours des médias, sur la place de l'artiste dans la société et plus généralement, sur les langages qui nourrissent ou cernent le monde de l'art.
Le spectaculaire se dévoile lorsque les rideaux tombent, une sérigraphie à l'encre phosphorescente apparaît sur un mur, tandis que la projection filmique commence. Film hommage, film spectaculaire, qui retrace le voyage en train de New York à Washington du corps de Robert Kennedy le 8 juin 1968. En caméra subjective, on perçoit les rails, les wagons mais sur l'écran, la caméra enregistre les réactions des spectateurs au passage de ce convoi funéraire. Changement de paradigme et retournement de situation ; les acteurs du film regardent les spectateurs de l'exposition. Philippe Parreno développe ici une voie de sa réflexion sur les renversements afin d'interroger le rapport aux œuvres.
En somme, cette exposition s'analyse comme une note d'intention destinée autant au public qu'aux critiques d'art. Déjà dans la pièce No More reality, une vidéoconférence de 1991, il s'amusait à parodier le verbiage incompréhensible des théoriciens de l'art, tandis que dans la série L'Imitateur de 1992-1993, il prenait la voix de Jean-Luc Godard. Cette exposition semble n'être que la première étape de sa rétrospective. Elle est à considérer en regard des trois autres espaces dédiés à cette exposition (Dublin, Zurich et New York). L'œuvre, complexe, peut être difficile à appréhender car elle ne se donne pas à lire simplement. On apprécie ou pas, on adhère ou pas à cette démarche ; néanmoins avec cette non-rétrospective, Philippe Parreno formule plusieurs interrogations auxquelles ses prochains travaux répondront sans nul doute.
Philippe Parreno
jusqu'au 7 septembre 2009
Galerie Sud, Centre Georges Pompidou
Catalogue Philippe Parreno, sous la direction de Christine Macel, éditions du Centre Pompidou, Paris, 255 pages, 49,90 €
Parade ? Philippe Parreno et Johan Olander, éditions du Centre Pompidou, Paris, 36 pages, 18 €
C. T. (27 août 2009)










