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Festival International de Moscou : le vêtement fait sa star

par Cyril Thomas


Moscou se transforme pour un temps en temple de la mode vue par l'objectif des photographes.

On ne boude pas son plaisir de se plonger dans l'exposition historique de Christian Dior au musée d'art contemporain de l'académie des Beaux-arts. Malgré le nombre important de clichés réalisés par les célébrités que sont Henry Clarke, Willy Maywald, Robert Randall, John Rawlings, cette rétrospective met en avant l'évolution de la haute couture tout en affirmant le style voire le cachet de la maison Dior. Les fameuses jupes « corolles », les célèbres coupes « ligne Trapèze » inventée par Yves Saint-Laurent jeune, et les dernières extravagances raffinées de John Galliano deviennent ici des faits historiques

Les superbes clichés d'Henri Cartier-Bresson, de Cecil Beaton ou le portrait du couturier par Willy Rizzo à qui l'on doit également ceux de la Callas, de Marylin Monroe, de Marlène Dietrich viennent ponctuer le parcours. Si la partie historique réserve de très bonnes surprises, la partie plus contemporaine est parfois plus décevante surtout si l'on s'attarde sur la série de Nan Goldin censée mettre en valeur la collection Dior Homme, placée sous la houlette de Kris Van Assche. Renouant avec un style de photographie dite bougée, Nan Goldin serpente entre les corps des modèles, enregistre de pseudos activités sportives dans les Jardins de l'Observatoire. L'exercice de style n'est pas très probant. Plus intriguant, le jeune artiste chinois Quentin Shih transpose dans sa série The Stranger In The Glass Box la collection Haute Couture 2008 dans un univers baigné par la science-fiction où les modèles sont cloisonnés dans un étrange réceptacle transparent. La haute couture s'analyse alors comme un écrin inaccessible dont le caisson s'apparente à un moyen de transport vers l'avenir.

Plusieurs autres temps forts jalonnent cette manifestation :

Guy Bourdin Painter with a camera au Manège reprend en substance la rétrospective du Jeu de paume en accentuant sur les débuts du photographe et comble les manques de l'exposition parisienne. Ainsi, le spectateur découvre au fil des polaroids conçus comme des études ou des esquisses sur les jeux de matières, la manière dont le photographe déplace le sens même de l'objet photographié. Des campagnes publicitaires à ses paysages, c'est la petite cuisine interne du créateur qui est révélé.

Toujours au Manège, l'exposition Voyous des années 80, constituée de photographies d'amateurs, élabore un constat presque nostalgique sur une période où toutes les influences anglaises, américaines (punk, rock, new wave) s'entremêlent, se croisent, s'hybrident les unes aux autres dans un même élan : celui d'une liberté à conquérir. Loin du désenchantement, les photographies décrivent des moments de provocations, des instants volés entre deux fêtes, comme des moments où toutes les contraintes s'effacent. Le style vestimentaire importe peu ; la revendication existentialiste de cette génération, qui avait 20 ans dans les années 80, prime.

Que ce soit avec les archives du magazine Ogonjok de 1951 à 1966, (à la galerie des Beaux-Arts Zourab Tsereteli) en passant par la très belle exposition de Lucia Ganieva intitulée Fabrique ou encore avec l'exposition Costumes russes en photographies du XIXe au XXIe siècle à la galerie « Na Solyanke », l'attirail vestimentaire ne se limite plus qu'à de simples objets de plaisir ou de banales consommations. Le vêtement se transforme en un témoignage historique et politique sur l'union soviétique. La commissaire Anna Petrova maîtrise son sujet sur les bouts des doigts et telle une sociologue, elle a réuni pour l'occasion des collections uniques afin de décrire une évolution complexe du costume traditionnel. Complexe car cette évolution diffère selon les régions et les couches sociales et que le costume traditionnel est sans cesse réinventé au XXe siècle par les troupes de théâtre ou par les photographes qui se servent des motifs classiques pour véhiculer un message plus politique. Les motifs sur les tissus, les coiffes etc., tous ces éléments deviennent les marqueurs des transformations d'une société.

Grâce à Olga Sviblova, directrice du musée de la Maison de la photographie à Moscou et maîtresse d'ouvre de cette manifestation, artnet a pu découvrir en avant première quelques-unes des productions, certaines encore en cours de réalisation, qui seront présentées dans le pavillon russe de la prochaine biennale de Venise. Soutenu par la fondation Mikhail Prokhorov Foundation, Olga Sviblova, commissaire du pavillon met à l'honneur les travaux d'Alexey Kallima, de Pavel Pepperstein, d'Andrei Molodkin, d'Anatoly Shuravlev, de Gosha Ostretsov, d'Irina Korina et de Serguei Shekhovtsov autours d'une thématique « la victoire sur l'avenir » comme un pied de nez à la crise et à la morosité ambiante.

 

à lire également l'article : Road movie russe, avec trois jeunes photographes : Petr Lovigin, Tim Parchikov et Georgy Pervov

à lire aussi : Moscou : un rayon de photo sur le monde

 

6e Festival International de Moscou
jusqu'au mois de juin 2009


C. T. (5 mai 2009)


 








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