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Show off à l'espace Pierre Cardin

par Cyril Thomas


Cette foire, créée à l'initiative de quelques galeries privées, demeure surtout un tremplin pour la jeune création contemporaine c'est-à-dire pour de jeunes artistes mais également pour de moins jeunes qui ne sont pas encore institutionnalisés, ou qui préfèrent se placer sur la tangente du marché de l'art. Ainsi, la galerie Magda Danysz offre aux visiteurs un large ensemble de la production de l'artiste Jonone. Artiste phare du graffiti, il ouvrait encore il y a peu de temps dans les rues de la capitale. La galerie Bailly propose une installation très graphique, toute en écriture et en coulure de Nasty sur un objet très tendance, le fameux QEE Fritz The bear. L'objet, qui initialement doit être customisé, est ici recouvert d'un rideau de couleurs dégoulinantes. La subversion se fait moindre mais l'effet est au rendez vous.

Cette édition est placée sous le signe des nouvelles technologies avec plusieurs projections autour de l' « Archi et du Design » conçues par l'équipe du Cube et une sélection des vidéastes et cinéastes issus du Fresnoy. Les arts scéniques ne sont pas oubliés avec Bernard Garo et le collectif de la dernière Tangente, qui présentent un extrait de leur prestation la plus récente, 9 Pictures From 99 Body Ritual Tales, où les pigments colorés et la lumière deviennent l'écrin pour les performances des danseurs.

Avantage de la jeunesse pour les uns mais handicap pour les autres, les ouvres exposées semblent inachevées ou simplement en cours de gestation. Pekka Jylha, à la galerie Vanessa Quang, propose de filer une métaphore. Ainsi, son lapin naturalisé fait face à un miroir circulaire simplement éclairé d'une bougie. Vanité, dérision et réflexion sur l'existence, autant de thèmes abordés par cet artiste dont on aimerait voir plus de pièces.

Show Off demeure un vivier de jeunes talents au sein duquel un regard critique peut faire une sélection et dégager quelques tendances dont les transpositions d'Elodie Lesourd (au stand de la galerie Olivier Robert). Elle fige en peinture les installations et les restes des performances d'autres artistes. La toile devient une surface où le temps cristallise les objets. Autre ambiance, avec l'installation photographique et vidéo de Chloé Tallot qui nous plonge dans une chorégraphie où les poulpes et autres poissons viennent accessoiriser, voire habiller les personnages qu'elle a photographiés. Dans un style nettement moins « clipé » et beaucoup plus engagé, la très belle vidéo intitulée Dying Swans (traduction française : La Mort des cygnes) d'Elena Kovylina (galerie Analix Forever) qui rend hommage aux journalistes assassinés en ex-URSS. Sur la bande sonore du ballet composé par Tchaikovsky, une danseuse toute de blanc vêtue entame une chorégraphie macabre avec un sniper. Le tragique n'est pas loin, la cible se précise dans le viseur du soldat. Les plumes du costume se tachent de rouge tandis que péniblement la ballerine tente d'échapper aux balles. Cette ouvre se place sur un fil ténu entre l'image poétique et la dénonciation des menaces qui pèsent toujours sur la liberté d'expression et de création.

Avec Françoise Pétrovitch, présentée par la galerie RX, les corps se métamorphosent en poupées de verre fragiles et précieuses qui, suspendues entre sol et air, semblent dialoguer étrangement avec les photographies d'architectures de Yuki Onodera qui dématérialise les constructions par la lumière. Les maisons flottent dans un espace sombre, le solide devient mouvant. La photographie ne fige plus le sujet, elle le rend malléable.

Les objets protéiformes de François Daireaux sont autant d'amorces fictionnelles nappées d'étrange inquiétude. À découvrir également, les portraits de Matt Saunders, qui dessinent en creux toute la jeune génération. Katinka Lampe, sur le stand de la galerie des Filles du Calvaire, trouble le motif par de multiples jeux de glacis. Ces derniers bouleversent les cernes de la figure, s'y frottent parfois, s'y attachent même, élaborant une surface où la matière et la profondeur semblent s'affronter. Signalons encore les autoportraits mi-peints mi-icônes de la jeune ukrainienne Masha Shubina. Entre tradition et modernité, elle dépeint sa vie, ses postures et se pare de divers accessoires de mode détournant par le médium pictural tous les stéréotypes féminins issus des pays de l'Est.


Espace Pierre Cardin
1, avenue Gabriel 75008 PARIS
Ouvert du mercredi 21 octobre au dimanche 26 octobre de 12h à 20h.
info@showoffparis.com


C. T. (23 octobre 2008)


 








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