Nous ne sommes pas encore sortis de l'hiver que les coléoptères, les lépidoptères et autres coccinelles annoncent le printemps artistique. Au nombre des « bestioles », il faut rajouter les papillons d'Ursula Kraft, qui envahissent la maison des Arts de Malakoff.
Ils se déplacent en nuées multicolores sur la vidéo Nymphalis Antiopia (2007-2008) et s'ébattent sur plusieurs photographies. Ursula Kraft, née en 1960, combine la rigueur de la prise de vue à une poésie teintée de références scientifiques. Elle puise à des sources mythologiques ou littéraires, notamment aux contes des Frères Grimm dans sa dernière ouvre Emerentia, 2008. Même s'il n'est pas explicitement nommé, l'exposition peut se découvrir au travers du filtre de l'écrivain Vladimir Nabokov, entomologiste émérite.
Sur une surface blanche, une jeune femme à la peau laiteuse, allongée sur le côté, se métamorphose en une sorte de plante sur laquelle les papillons aux couleurs étincelantes viennent se poser. Ce corps flottant, extrait d'un environnement reconnaissable, apparaissait déjà dans plusieurs de ses productions antérieures. Délicatement, Ursula Kraft déplace sa caméra avec lenteur, elle consacre de longs plans rapprochés à l'épiderme recouvert de papillons. Elle le fragmente même.
Les papillons deviennent vite très oppressants, même si on cède à leurs beautés : ils virevoltent, s'accaparent le corps, le recouvrent presque. A moins que ce ne soit le corps qui les capture. Cette jeune femme ne pourrait-elle être la mère de ces milliers de papillons ? Toute l'ambigüité de cette réalisation réside dans le questionnement : le corps de la femme est-il le support nourricier des papillons ou les essaims colorés donnent-ils naissance à la beauté ? Ursula Kraft ne se prononce pas et laisse libre cours à l'interprétation du spectateur.
Cette pièce n'est pas sans rappeler le film Fly, 1970, où Yoko Ono suivait en très gros plan une mouche explorant sous toutes ses coutures le corps dénudé d'une femme. Cependant, la comparaison s'arrête là, et les papillons d'Ursula Kraft évoquent les projets de la bio-artiste Marta de Menezes plutôt que les planches entomologiques sur lesquelles les collectionneurs présentent leurs spécimens. Rien à voir non plus avec les peintures de Damien Hirst réalisées entre 2002 et 2004, où il collait des ailes de papillons.
Pour compléter le film, plusieurs photographies, toutes montées sur caissons lumineux, permettent de découvrir les infimes détails, les variations de couleurs, le jeu entre la peau diaphane et les transparences de certaines ailes. Le spectateur prend vite en compte que l'artiste confronte le cycle de la vie humaine à celui de l'insecte, évocation d'une sorte de vanité contemporaine.
Ursula Kraft
jusqu'au 15 mars 2009
Maison des Arts de Malakoff
105, avenue du 12 février 1934 - 92240 Malakoff
Tél. : 01 47 35 96 94
Ouvert du mercredi au vendredi de 12h à 18h, et du samedi au dimanche de 14h à 19h
Rencontre avec l'artiste le 6 mars à 19h
C. T. (4 mars 2009)











