À l’invitation d’Immanence, lieu d’expositions et d’expérimentations artistiques, Sári Stenczer, commissaire indépendante, a rassemblé les travaux de treize photographes hongrois autour d’une thématique commune : l’homme de dos.
Mêlant diverses approches issues de la création photographique contemporaine hongroise, l’exposition Regardez-moi : I’m back ! interroge la manière dont la représentation humaine délaisse le visage pour privilégier son envers, le dos. Si l’hétérogénéité des travaux peut surprendre, l’accrochage met en évidence de subtiles résonances visuelles et permet de repérer trois ensembles distincts.
Un premier ensemble met en abyme la disparition du visage en l’imposant comme vanité. Quand il fuit en lui-même, l’individu ne livre pas pour autant son intériorité car le dos le protège et le singularise : pour Bálazs Simonyi, István Krajnik ou István Pok, la nudité n’est pas forcément envisagée comme une « mise à nu » ; dans l’hommage que rend Máté Móró à la Reproduction interdite de René Magritte, le miroir ne reflète que le double inversé de soi-même.
Le second ensemble explore la part d’étrangeté véhiculée par la figure vue de dos. Chez Gábor Arion Kudász et Mátyás Misetics, c’est la lumière qui révèle ce que cette figure recèle de mystérieux, d’inquiétant, voire de contradictoire. Inscrite au cœur du paysage nocturne, la silhouette apparaît tantôt comme une ombre chinoise découpée sur un fond presque irréel, tantôt comme une surface réfléchissante se détachant devant l’obscurité.
En se concentrant sur des corps inscrits dans leur environnement quotidien, le dernier ensemble traduit la volonté de faire du dos l’emblème d’un repli sur soi propre à définir nos sociétés contemporaines. Dans un triptyque intitulé HLM, Tamás T. Dezso joue de la répétition d’une attitude : surprises dans l’encadrement des fenêtres ouvertes, trois figures détournent successivement le regard du monde extérieur. En prolongement immédiat de ce mouvement de repli, la série de Peter Puklus montre pour sa part des individus plus jeunes dans de très chorégraphiques postures de relâchement : à la toilette ou allongé sur un lit, chacun ne laisse percevoir de lui-même qu’une sorte de paresse qui alanguit le corps et le donne à voir comme immanquablement envahi par le désordre qui l’entoure.
Pour sa part, Krisztina Erdei porte sur la vie quotidienne un regard absurde et décalé, à la manière de Martin Parr. L’une de ses images décentre le sujet pour attirer notre regard sur un visage en pleine jouissance : celui d’une pin-up à la crinière éclatante, reproduite sur une serviette de plage sur laquelle s’est effondré à plat ventre un homme d’âge mur. La molle étreinte qui a lieu sous nos yeux témoignage là de l’étrange fatigue des corps contemporains.
Regardez-moi : I’m back !. D’un ensemble à l’autre, le dos engage la conversation, nous interpelle. À travers les enjeux de sa représentation, ces jeunes artistes hongrois dépassent la métaphore : ils avancent l’idée d’un rapport complexe au monde, rejoignant par là les préoccupations majeures de la photographie contemporaine.
Regardez-moi : I’m back ! : une exposition de jeunes photographes hongrois
Un projet soutenu par l'Institut Hongrois de Paris
jusqu’au 28 mars 2009
Immanence
21, avenue du Maine - 75015 Paris
Tél. : 01 42 22 05 68
Du jeudi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
Catalogue de l’exposition édité par ParisGlobe, texte de Sári Stenczer, 56 pages, 10 €
D. T. (18 mars 2009)









