L’HUILE MEROLL POUR L'ESSENCE DU MONDE
par Quentin Faucompré
Dessinateur à tout faire… ou presque.
Au Lieu Unique s’achève une très amusante exposition : Il était une fois l’huile. Présentée sous forme de saynètes-installations retraçant l’histoire de l’huile Meroll, L’huile pour friture et moteur, cette exposition explore des voies scénographiques originales.
Créé à l’initiative de l’éditeur Les Requins Marteaux, cet événement vient en prolongement créatif d’histoires et de fausses publicités, publiées dans le magazine Ferraille du même éditeur. Ces installations mêlant le dessin, la peinture, la maquette, la reconstitution d’espaces réelles et les mises en scène d’objets et la vidéo, entre autres, font voir à quel point le métier de dessinateur mène à une conceptualisation douée d’humour, outrancière, tout terrain, intelligente, et virtuose du geste créatif. Quentin Faucompré, un familier des Requins Marteaux, du Lieu Unique et de Nantes où il vit, fête ses trente ans cette année. Il porte un regard dessiné et extérieur sur cette exposition. Répondant à quelques questions il éclaire certains points de sa profession, symptômes individuels d’un élan collectif.
Alexandre Devaux : Ne pratiques-tu que le dessin ou as-tu d'autres cordes à ton arc ?
Quentin Faucompré : Les différentes façons d'aborder ma pratique du dessin permettent de considérer et de reconsidérer le dessin comme un outil hybride.
D'où l'idée peut être d'avoir plusieurs cordes à mon arc à l'intérieur même de cette pratique.
Penser une exposition, réaliser un livre, ou faire une performance sont des manières différentes d'approcher le dessin.
A. D. : As-tu toujours vécu à Nantes ? Y a-t-il une vie artistique stimulante ? Quels sont les endroits actifs selon toi ?
Q. F. : J'habite à Nantes depuis une dizaine d'années. C'est une ville constituée d'un potentiel artistique plutôt réjouissant, dans de multiples domaines. Il existe un véritable vivier, mais les acteurs de cette vie artistique ne se mélangent pas beaucoup. Chacun travaille dans son secteur, évolue dans son milieu, ce qui n'est pas particulièrement spécifique à Nantes mais qui reste déplorable, et donc tentant de bousculer.
Je regrette par ailleurs le trop peu de lieux non-institutionnels, d'endroits expérimentaux, et autres. Cela ne veut pas dire que les lieux institutionnels ne tentent pas des choses, pas plus que les lieux non-institutionnels sont forcément géniaux. Il existe par exemple 3 galeries d'art contemporain : la Zoogalerie, la galerie Rdv, et la Heidigalerie à Nantes. Ça ne constitue pas un nombre très excitant.
A. D. : Quels sont les individus, lieux ou institutions avec lesquels tu es en contact ? Pour quels types de réalisation ? Qu'aimerais-tu faire ou développer ?
Q. F. : Par le Orbis pictus club, crée avec Fédéréric Déjean et Guillaume Dégé, je suis amené à inviter et à travailler régulièrement avec d’autres artistes à l’occasion d’expositions et de publications.
Concernant mes interventions nantaises, j’ai dernièrement organisé une performance avec Eric Pifeteau, Charles Pennequin et Pakito Bolino qui s’est déroulée au Lieu Unique.
Dans les structures basées à Nantes, j’ai réalisé des projets avec les éditions Memo, les éditions de l’Atalante, la Zoogalerie, le royal de Luxe, le regretté espace d’exposition Borderline, et d’autres.
Un projet d’exposition avec la Heidigalerie est aussi en préparation.
A. D. : Qui sont tes idoles ? As-tu des ennemis ? Des gens que tu vomis ?
Q. F. : Je ne suis pas spécialement un partisan de l’idolâtrie. Je me méfie autant des fans que des maîtres référents.
Je m’intéresse en ce moment au travail de Roman Signer. Son utilisation des artifices et son rapport aux phénomènes de dérives, de démonstrations, d’accidents naturels ou prémédités me touchent beaucoup.
Mes ennemis, sans les nommer, sont peut-être ceux qui hiérarchisent et cloisonnent à l’infini. Qui se sentent bien au chaud dans leur petit clan, étroit dans leur petit milieu.
A. D. : Te sens-tu concerné par des problématiques de commercialisation de tes œuvres ?
Q. F. : Ce n’est, à vrai dire, pas ma problématique dominante. Ce que je fais circule, touche des gens, ou pas.
Je n’ai pas vraiment à me plaindre.
A. D. : Quels sont tes projets à venir ?
Q. F. : Il y a plusieurs projets d’expositions.
Des projets d’éditions aussi, avec Jean-Louis Bailly, un autre avec Martin Page. Ce sont tous les deux des écrivains. Martin Page a écrit notamment On s'habitue aux fins du monde chez Le Dilettante et dernièrement Peut-être une histoire d'amour aux éditions de l'Olivier.Jean-Louis Bailly est membre entre autre du Collège de ‘Pataphysique.
Après avoir réalisé un certain nombre de livres, j’ai maintenant surtout envie de me concentrer sur la réalisation d’expositions et d’interventions diverses. Ce qui ne m’empêchera pas de revenir plus tard à un projet de bande dessinée. J’aimerais réaliser un dernier opus bouclant la boucle initiée par Hunting, Fishing,… et développée dans Fantaisie printanière.
Les projets d’expositions permettent de me concentrer sur des questions de mise en espace. Questions qui me préoccupent de plus en plus. De par leurs possibilités d’aborder sous un autre angle les notions de rituels par exemple.
J’ai également dans des tiroirs des projets de film vidéo, qui mêleraient rituel religieux et prestidigitation.