Après s’être penché sur certains points occultes de l’histoire des Beatles, de Frank Zappa, De Mattt Konture, De Nerval, de David Lynch, de la série télé Lost, et sur des centaines de sujets connexes via les fanzines qu’il créa et les aventures auxquelles il participa, Pacôme Thiellement revient au devant de la scène éditoriale avec un livre très sensible : Tous les chevaliers sauvages.

Pacôme Thiellement
Tous les chevaliers sauvages - Tombeau de l’humour et de la guerre
Editions Philippe Rey, collection « À tombeau ouvert »
La couverture du livre annonce la couleur. Le dessinateur Reiser, photographié par Arnaud Baumann — l’un des photographes attitrés du mensuel Hara Kiri, journal béte et méchant (1960-1985) — vient de tomber l’armure qui est disposée en vrac à ses pieds et ne lui restent plus que les spalière-canons-cubitière-gantelet au bras droit, les jambière-cuissot-genouillère-grève-soleret de la jambe gauche pour seule tenue. En appui sur son épée, le chevalier Reiser pose en partie(s) nu(es), le visage mimant un air de défiance vis-à-vis du spectateur, le sexe à l’air, tel un David de Michel-Ange moderne perdu dans les bois qui jouerait au combat contre des chimères. Le titre en grosses lettres rouges : Tous les chevaliers sauvages et le sous-titre dans une moindre casse : Tombeau de l’humour et de la guerre ne cachent pas le sexe du modèle ni le propos du livre. Pratiquer l’humour relève d’un art de la guerre.
Dans un essai d’une grande sensibilité et en essayant de faire tomber quelques addictions aux lieux communs, Pacôme Thiellement tente de décrire les fondements de l’humour moderne à travers quelques exemples bien sentis avec au centre l’histoire de l’humour bête et méchant dont le journal Hara Kiri mensuel fut le berceau et le tombeau mais dont il existait, existe et existera des variantes en d’autres lieux, sous d’autres formes. L’entité la plus évidente étant bien évidemment Alfred Jarry, le grand pionnier de l’humour et de l’art moderne en France, qu’en imitant Duchamp les artistes actuels n’ont toujours pas cessé de prolonger l’esprit, le plus souvent sans le savoir. Être drôle sans faire de blagues et être triste en faisant rire, cela renvoie à la sempiternelle phrase du surréaliste belge Achille Chavée, reprise et réattribuée à différents auteurs « l’humour noir est la politesse du désespoir ». Nous le croyons ferme, l’humour est une distance, une mise à distance de l’entité désagréable ou ennemie, quelle qu’elle soit. Pour cette raison, l’humour peut devenir une arme formidable, qui tue avec hilarité !
Pacôme Thiellement
Tous les chevaliers sauvages - Tombeau de l’humour et de la guerre
Editions Philippe Rey, collection « À tombeau ouvert »
192 pages dont 4 de riche bibliographie
17 €
A. D. (6 février 2012)




