Il n’y a guère de revues traitant de la photographie, en France et même en Europe, qui méritent l’attention. Hélas. Mais existe-t-il une alternative aux publications « grand public » qui finissent toujours, sous la pression et la nécessité des annonceurs, par consacrer l’essentiel de leurs pages à des jeunes femmes dénudées ?
On ne citera, pour son exemplarité, que le mensuel Photo dont les meilleures ventes sont réalisées à l’occasion de la publication du numéro « Spécial amateurs » (« le plus grand concours photo au monde », rien que ça !) ou le « Spécial Elite », avec l’agence de mannequins du même nom, qui est sensé nous faire découvrir avant tout le monde les top models de demain…
Quoi que l’on puisse penser de leur contenu, de leurs choix esthétiques, souvent entre « tendance mode » et volonté de cerner les évolutions, de grands et beaux formats comme FOAM et Eyemazing aux Pays Bas ou LIFEMagazine en Chine, s’attachent à la fabrication de produits très soignés, luxueux même.
Il y a également, au sage rythme de deux, ou plus généralement quatre numéros par an, quelques publications qui méritent respect et attention. C’est le cas, en France d’Etudes Photographiques, revue de la Société Française de Photographie. Il s’agit d’un ouvrage universitaire de qualité qui sous la houlette de Michel Poivert, balaie le champ historique sans oublier la création contemporaine. On la retrouve chaque trimestre avec plaisir sur le site du même nom avant de se laisser enchanter par la version papier.
Beaucoup plus contemporaine, même si des éclairages historiques n’en sont pas absents, Infra-mince, Cahiers de l’Ecole Nationale de la Photographie, Arles, s’organise autour de thèmes (qui peuvent être de simples prétextes) permettant un dialogue entre images et textes. De façon assez logique les auteurs sont en majorité les enseignants de l’Ecole et l’on trouve évidemment des travaux d’élèves ou d’anciens élèves. Cette double fonction de réflexion et de diffusion est d’autant plus justifiée qu’il n’est jamais évident d’avoir accès aux productions des tout jeunes diplômés et encore moins à ceux des étudiants.
La dernière livraison, qui se présente comme une réflexion autour de la contemplation, l’alternance de textes et de portfolios, bien qu’inégale, est toujours intéressante. On citera les deux textes de Robert Adams, celui de Jean-Christophe Bailly et celui de Jean-Paul Curnier (Un silence dans les pensées, avec la réinterprétation de la Corée du Nord par Philippe Chancel).
Les images de Christian Milovanoff réaffirment sa rigueur et sa relecture inlassable de l’histoire et de l’histoire des images, Julie Ganzin poursuit ses recherches autour de l’espace et les accompagne de textes convaincants et l’on apprécie que Roberta Valtorta revienne, avec un beau point de vue, sur le travail essentiel de Luigi Ghirri.
On y ajoute deux intéressantes découvertes, celles de Christophe Mattern et de Paul Farges et c’est amplement suffisant pour justifier l’existence de cet objet sobre et élégant, sur beau papier et sans esbroufe, à la mise en pages efficace et respectueuse.
Infra-mince, Cahiers de l’Ecole Nationale de la Photographie, Arles N°4, 2008, 18 €
www.ensp-arles.com
C. C. (6 janvier 2009)







