Par ordre d'apparition historique :
Julia Margaret Cameron et ses mises en scène, dans l'esprit des peintres préraphaélites pour lesquelles elle convoqua les membres de sa famille et de son personnel pour inventer des images troublantes et élégantes dont les tirages albuminés connurent immédiatement un grand succès. Des portraits admirables, des scènes d'inspiration religieuse qui réussissent à ne pas tomber dans la mièvrerie malgré la prolifération des angelots, un véritable point de vue qui s'accorde à la forte personnalité de cette aristocrate qui fréquenta les grands esprits de son temps. Les quelques images prises à Ceylan à la fin de sa vie entre 1875 et 1879, très rarement reproduites, donnent vraiment envie d'en voir davantage.
Julia Margaret Cameron, Photo Poche N° 124, introduction et chronologie de Pamela Glasson Roberts, , 144 pages, 62 photographies, 12,80 €
Mike Disfarmer, né Mike Mayer et qui choisit de changer de nom en 1939. De lui, l'on sait finalement très peu de choses : qu'il est né dans l'Indiana (mais où ?) en 1884, qu'il migre avec ses parents vers l'Arkansas en 1892 et, qu'après la mort de son père, il s'installe à Hebert Springs, toujours dans l'Arkansas, en 1914. Il y ouvre l'année suivante un studio photographique et devient « le » photographe de cette bourgade de trois mille huit cent âmes où, selon tous les témoignages, il ne se lie à personne, ne se marie pas, vit dans un étrange isolement et, lorsqu'il se confie, conte des histoires à dormir debout qui le voient emporté par des martiens, transporté par une tornade ou entouré d'extraterrestres… Ce personnage fantasque et peu amène disparaît en 1959 sans avoir quitté Hebert Springs et, l'année suivante, son fonds de studio est racheté, pour cinq dollars, à la banque qui gère la succession. Reste une œuvre sublime, parmi les portraits les plus étonnants de la première moitié du vingtième siècle, sur fond noir essentiellement, d'une Amérique de fermiers et de travailleurs endimanchés pour qui poser est un moment important, rituel, constitutif d'identité.
Mike Disfarmer, Photo Poche N°122, texte de Michael P. Mattis, 144 pages, 66 photographies, 12,80 €
Georges Rousse, dont on connaît la capacité à se jouer des espaces et des teintes, des formes et des matières, du réel et de ses perceptions. A la fois architecte, peintre, sculpteur, dessinateur, il se joue de la notion même de trompe l'œil et cultive l'anamorphose pour s'approprier friches industrielles ou bâtiments anciens en passe d'être rénovés. Et il le fait en insufflant là ses rêves, ses sentiments, une poésie tour à tour ferme et fragile que seule la photographie peut fixer, figer, nous proposer de contempler. Passant de trois à deux dimensions, des gravats à la splendeur des mirages, Georges Rousse ne cesse de questionner la perception, celle de l'espace essentiellement, et la nature même de la photographie, illusion qui se superpose à celles qu'il inscrit sur les murs, de préférence marqués d'histoire, qui s'offrent à lui dans le monde entier.
Georges Rousse, Photo Poche N° 123, texte d'Alain Sayag, 144 pages, 76 photographies, 12,80 €
Et un ouvrage collectif, Autoportraits de photographes. Si le volume n'est pas chronologique, il débute cependant avec le plus ancien des autoportraits connus, celui d'Hippolyte Bayard en 1840 et se conclut avec l'un des plus récents, quand Michael Ackerman, en 2003, pose avec son amie. Les deux, d'ailleurs, ont en commun une pratique de l'effacement, de l'absence pratiquée comme motivation même de la prise de vue puisque Bayard se représente « en noyé » (et signe ainsi, dès les débuts, la pratique de la mise en scène face à l'objectif) quand Ackerman, fidèle à son monde flottant, à son grain qui s'effrite, ne regarde pas l'objectif et redevient matière.
Le choix est parfait, qui permet de côtoyer aussi une proposition de la période surréaliste de Cartier-Bresson, qu'un exemplaire Brassaï de Nuit, les avant gardes allemandes et russes, le pictorialisme et tant de modalités contemporaines qui font de ce petit opuscule une véritable visite guidée dans l'historie de la photographie. Et la période contemporaine est bien servie, qui, d'une vanité de Joël Peter Witkin à une amusante composition de Duane Michals, d'un des derniers autoportraits de Warhol à l'usage de la peinture sur le tirage par Araki et Arnulf Rainer et à un ekta découpé de Jean-Paul Goude qui dialogue avec la présence cadavérique de David Nebreda nous dit à quel point le classement en genre est peu convaincant. Dommage que l'on ne puisse se délecter autant des textes et, entre autres, des notices d'une faiblesse rare qui accompagnent chaque image que du déroulé qui nous entraîne de surprise en questionnement.
Autoportraits de photographes, introduction et commentaires de Marie Cordié Levy, 144 pages, 64 photographies, 12,80 €
C. C. (22 février 2010)








