Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 









Vous avez dit ?

par Sylvain Goudemare


Les éditions Berg International ont récemment publié un livre-hommage à l'une des plus importante revue littéraire et artistique de la transition 1950/1960 : Bizarre !

Si l'on doit citer une revue hors norme, qui marqua son époque et fascina plusieurs générations, il s'agit bien de dire « Bizarre », tant les sommaires de ses livraisons sont riches de trouvailles et d'inventions. De 1953 à 1968, en 48 numéros, Bizarre publia des textes de Noël Arnaud, Pierre Bettencourt, André Blavier, Jean Boullet, Jean-Louis Bouquet, William Burroughs, François Caradec, Chaval, Jean Cocteau, Jean Ferry, Paul Gilson, Eugène Ionesco, Lovecraft, André Martel, René de Obaldia, Gisèlle Prassinos, Jacques Sternberg. Des dessinateurs et illustrateurs de talent y donnèrent leurs premiers dessins, et l'on croisa les regards de Bosc, Cabu, Cardon, Copi, André François, Gébé, Maurice Henry, Mose, Reiser, Siné, Topor, Wolinski, Ylipe.

Insolite, étrange, merveilleux, rêve, fantastique : tout ce qui continue d'alimenter les nécessités de notre temps est déjà présent dans les pages de Bizarre. Surprendre, étonner, faire rire, provoquer des grincements de dent, chaque numéro de la revue nourrit l'esprit du lecteur épris aux pièges de la langue et des images.

La première série, qui compta deux publications sous l'égide d'Éric Losfeld, dédia ses sommaires à Gaston Leroux et à Grandville. Jean-Jacques Pauvert reprit le flambeau éditorial, à partir de 1955, dans des numéros spéciaux aujourd'hui très recherchés par les collectionneurs : La Joconde, Les Fous littéraires, L'Épouvante, Les Monstres, Tarzan, Le dessin d'humour, La littérature illettrée, Boris Vian, Raymond Roussel. Ces bizarreries toujours documentées, abondamment illustrées, ouvrirent la voie à des recherches aujourd'hui admises à l'université.

Le dessin d'humour a une part importante dans Bizarre : en 1960, le numéro XIII de la revue, intitulé Dessins inavouables, est consacré à des compositions refusées par la presse française de l'époque, ordinairement conventionnelle. Pauvert déclare dans ses mémoires que les participants de ce numéro « (.) y installaient le dessin d'humour moderne ».

L'anthologie présentée par Jean-Marie Lhôte (qui rédigea le numéro 43-44, Shakespeare dans les tarots et autres lieux) est une entreprise fort sympathique, qui présente une sélection de toutes les livraisons. C'est pourtant terriblement frustrant : si l'ensemble publié propose près de 650 pages, on reste toujours sur sa faim. Pourquoi ne pas avoir réédité dans leur intégralité quelques-uns de ces extraordinaires numéros spéciaux ?

On est également parfois déconcerté par quelques commentaires bizarrés en guise de présentation, et par la litanie des « Pendant ce temps-là » ouvrant chaque fac-similé. La longue digression sur le Collège de Pataphysique, dans l'introduction de l'ouvrage, est fumeuse, d'autant plus que M. Lhôte aurait pu se renseigner sur l'identité de Jean-Hugues Sainmont : c'est l'un des très nombreux pseudonymes d'Emmanuel Peillet, fondateur et animateur du Collège. Cinq lignes en guise de préambule à Les Oiseaux sont des cons de Chaval, cela semble court, heureusement, M. Lhôte nous rappelle que « Pendant ce temps-là : Engagement américain accentué au Vietnam ». Ouf, l'humour nous sauve de tout, et quand Bizarre publie des textes d'André Frédérique en 1963, « Pendant ce temps-là : Coup de tonnerre à Dallas : assassinat du président John F. Kennedy. »

M. Lhôte présente une version de la reprise de Bizarre par Pauvert, après les deux premiers numéros, qui ne ressemble pas aux souvenirs d'Éric Losfeld dans son revigorant Endetté comme une mule. L'homme d'Arcanes explique comment, ayant oublié de déposer le titre de la revue au Petit Palais, il s'est trouvé dépossédé de sa publication par Romi, qui faisait partie du comité de rédaction et n'avait pas oublié, lui, de s'approprier le nom. « Et c'est ainsi que, moralement propriétaire du titre, écrit Losfeld, alors que Bizarre marchait fort bien (comme par hasard), je me suis vu totalement évincé de la revue, dont Pauvert a hérité peu après. »

Mais ne soyons pas trop ronchacrimoniant : les pages de la revue se lisent avec plaisir, on redécouvre des fabuleuses variations graphiques et des textes délirants. Donnez ce conseil à vos amis : Lisez Bizarre, vos yeux repousseront plus vite !

 

Bizarre, Anthologie 1953-1968, Berg international.


S. G. (29 mai 2009)


 






artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2012 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.