Claude Berri n'était pas, loin s'en faut, un homme de consensus, mais les tombereaux d'hommages après l'annonce de son décès, hier à Paris à l'âge de 74 ans des suites d'un accident cérébral, sont eux, tout à fait consensuels.
De Nicolas Sarkozy à Josiane Balasko en passant par Patrice Chéreau, tous soulignent son rôle capital dans l'histoire du cinéma français. Acteur, réalisateur et producteur, ce touche-à-tout qui avait aussi le goût du risque, a su donner vie aux plus grands succès populaires (Bienvenue chez les Ch'tis) mais aussi à des ouvres plus exigeantes (La graine et le mulet d'Abdelatif Kechiche), pour ne citer que les plus récents. S'il fallait faire un choix dans sa filmographie personnelle, on retiendra sa première réalisation, à haute teneur autobiographique, Le Vieil homme et l'enfant (1966), histoire d'un gamin juif réfugié à la campagne et qui séduit un vieillard antisémite incarné par le formidable Michel Simon, dont ce fut le dernier grand rôle. Et aussi Tchao Pantin, où il a su donner une densité hors norme à Coluche, dépouillé de sa verve comique.
En dehors du cinéma, Claude Berri cultivait un autre jardin - qui n'avait rien de secret - lequel avait pris la forme d'une fabuleuse collection d'art contemporain. Cette passion n'est pas nouvelle, elle commence en 1970 avec l'achat d'une gouache de Magritte, se poursuit avec l'acquisition d'une toile de Tamara de Lempicka, dont la disparition lors d'un cambriolage sera un de ses grands chagrins. Mais c'est au contact de son ami, et grand marchand d'art américain, Leo Castelli, qu'il se forge un oil sûr. Il se prend de passion pour Robert Ryman et ses déclinaisons de toute la palette du blanc, mais aussi pour Bruce Nauman, Richard Serra, Sol Lewitt et le sulfureux Paul McCarthy. Dans les années 1990, Claude Berri ouvre deux galeries à Paris, rue de Verneuil et rue de Lille. On pouvait y contempler entre autres des ouvres d'Yves Klein, de Daniel Buren et Simon Hantaï.
En 2003, Claude Berri avait publié Autoportrait, une autobiographie, passionnante car sans complaisance, qui prend aujourd'hui valeur testamentaire. Il y parle évidemment de son amour de l'art. Voici comment il rend compte de sa première rencontre avec Leo Castelli : « C'est en allant à New York que j'ai fait sa connaissance. Il avait dans sa galerie une exposition de Claes Oldenburg. Tout de suite, nous avons sympathisé, il faut dire qu'il était curieux de tout et des êtres. Pour le trentième anniversaire de sa galerie, il avait fait un accrochage de tous ses artistes, dans un espace de Soho. Il m'a conseillé d'aller voir. Je ne connaissais rien de la peinture américaine, mais j'étais curieux. Ce que j'ai vu m'a stupéfié ; la balle de base-ball d'Oldenburg, la tête de chèvre dans un tableau de Rauschenberg, les néons de Flavin, une vidéo de Bruce Nauman. Sur le moment, j'ai été déçu. Je me suis dit que je ne comprendrais jamais rien à cet art. Par la suite, je me suis mis à mieux apprécier, à mieux connaître, même si mon goût est resté plus européen, à quelques exceptions près. (.) Toujours est-il qu'au milieu de ces ouvres qui m'échappaient ce jour là, je suis tombé en arrêt devant Les Italiens, de Cy Twombly. J'ai éprouvé une émotion telle que je suis resté fasciné devant ce tableau pendant plus d'une heure. J'ignorais que depuis longtemps, la galerie Castelli ne représentait plus cet artiste, que ses ouvres étaient difficiles à trouver et chères. Néanmoins Léo me fit la promesse de me trouver un Twombly. J'anticipe : après Dubuffet et avant Ryman, il allait être pendant des années l'artiste de mon cour ».
En mars dernier, Claude Berri avait inauguré, dans un petit passage de la rue Rambuteau, un nouvel espace, dédié aux artistes vivants. La prochaine exposition qui allait débuter le 16 janvier prochain se voit reportée en conséquence de ce triste événement au 24 janvier. Stéphane Calais y présentera ses sculptures collages sous le titre Ornements, crimes et délices. Claude Berri lui-même savait bien que quelles que soient les circonstances, « the show must go on ».
Claude Berri, Autoportrait, éditions Léo Scheer, Paris, 2003
A. D. (13 janvier 2009)









