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Didier Forges, un singulier du marché de l’art.

Par Capucine Roche


Lorsque vous demandez à Didier Forges ce qu’il fait dans la vie, il est bien incapable de vous répondre. Et pour cause ! Il n’exerce pas un métier unique. En fonction des jours ou de son humeur, il s’improvise galeriste, marchand d’art, collectionneur ou agent d’artiste. N’y voyez pas là une forme de dispersion ou de nonchalance. Mais plutôt un art de vivre. Cet autodidacte de soixante ans, passionné d’art contemporain, tient avant tout à sa liberté et refuse d’avoir une vie professionnelle cloisonnée.

Du ce fait, il ne fait rien comme tout le monde… Son emploi du temps varie en fonction de ses envies. Il peut passer la majeure partie de son temps dans les salles de vente ou chez les notaires à la recherche de la perle rare : « l’autre jour, je suis tombé sur une superbe éponge d’Yves Klein. J’ai aussitôt averti l’un de mes clients qui s’est empressé de l’acheter. Il l’a payé 150 000 € mais la revendra dans quelques jours plus de 300 000 € !  ». Habile pour dénicher les meilleures affaires, Didier Forges s’est rapidement fait une réputation dans le milieu artistique. Son imposant carnet d’adresse — il compte plusieurs milliers de clients à son actif ! — en fait foi. « Je vends aussi bien à des particuliers qu’à de gros collectionneurs. Il m’arrive même de fournir les institutions publiques. J’ai vendu récemment une toile de l’artiste peintre Sophie Petitpas au musée et à la mairie de Deauville ».

Mais Didier Forges n’est pas un homme de coups. Il achète aussi pour lui. « Une fois, je suis tombé sur une ravissante aquarelle de La Goulue, réalisée par Toulouse-Lautrec et vendue une bouchée de pain. Je n’ai pas mis longtemps à me décider... Je l’ai achetée, faite encadrée et exposée dans mon salon ! ». Il a également acquis lors d’une succession un ravissant dessin de Dali et un mobile de Calder qu’il refuse catégoriquement de revendre. Quel qu’en serait le prix…

Sa casquette de galeriste adoptée, il expose chez lui des artistes trillés sur le volet. Certains sont cotés (Sophie Petitpas) d’autres en voie de l’être (Ashley Brown, Lucas Robinson ou encore Katy Wolff, la fille de Petula Clark). « Je ne soutiens que les artistes qui me plaisent ». Mon critère de sélection ? « Avoir envie d’accrocher leurs toiles au-dessus de mon lit ». Une philosophie simple mais radicale qui lui vient de son père.

« Toute sa vie, mon père n’en a fait qu’à sa tête sans jamais écouter les conseils des autres. » Résultat ? « Il avait l’une des plus grosses collections d’art moderne d’Europe ! Il possédait des tableaux de Vlaminck, Kandinsky, Francis Bacon ou encore Andy Warhol. Mais il était surtout connu pour dénicher des artistes dont le plus célèbre d’entre eux fut Bernard Buffet qui s’est même un temps installé chez nous ».

Tiens, drôle de coïncidence : l’appartement de Didier Forges fait lui aussi office d’atelier d’artiste ! « J’ai réaménagé il y a quelques temps ma buanderie en atelier. Certains des artistes que je promeus viennent régulièrement travailler ici. Sophie Petitpas, notamment. Lorsqu’elle est de passage à Paris (elle vit actuellement aux Etats-Unis), elle aime s’arrêter chez moi pour peindre quelques heures ».


C. R. (18 novembre 2008)


 






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